Législatives / Parti Socialiste : « L’accord national, dans l’Hérault, on va s’asseoir dessus »

Législatives / Parti Socialiste : « L’accord national, dans l’Hérault, on va s’asseoir dessus »


Les candidats aux législatives réunis autour de Carole Delga et Kléber Mesquida.
Les candidats aux législatives réunis autour de Carole Delga et Kléber Mesquida. (©CN / Métropolitain)

Si La France Insoumise et le Parti Socialiste ont conclu un accord national pour rejoindre la Nouvelle Union populaire écologiques et sociale avec les écologistes et les communistes en vue des Législatives, dans l’Hérault, où les socialistes n’obtiennent aucune circonscription, cette alliance ne se fera pas. Kléber Mesquida, président du département, appuyée par la présidente de la région Occitanie Carole Delga, a présenté mercredi des candidats sur trois circonscriptions. À cette occasion, les deux socialistes n’ont pas manqué d’exprimer leur colère quant à la décision du Premier secrétaire Olivier Faure en affirmant leur position résumé par le sénateur Hussein Bourgi : « L’accord national, dans l’Hérault, on va s’asseoir dessus ».

Un accord à zéro circonscription

En présentant les candidats des 4e, 5e et 7e circonscriptions de l’Hérault, en attendant la 2e ce jeudi, Kléber Mesquida explique : « Nous avions décidé bien avant d’avoir des candidatures de territoire ». Autrement dit, pas question de prendre en considération l’accord passé entre LFI et le PS. « Nous sommes hors de ce champs de « combinazione ». Nous avons fait savoir aux instances nationales que nous étions contre. Nous avons des valeurs que nous ne partageons pas avec d’autres formations. Nous nous sommes passés du blanc-seing du national » confirme le président du département.

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D’autant que les socialistes de l’Hérault ont eu une désagréable surprise en découvrant le résultat des négociations menées à Paris qui ne leur accorde aucune circonscription. « Est-ce acceptable ? Quand on voit qui est ici à la tête des institutions communales, intercommunales, départementales, du nombre de conseillers régionaux… On ne représente pas ces bourgeois de Paris qui sont allés avec la corde au cou signé cet accord » juge Kléber Mesquida.

À ses côtés, Carole Delga, qui a déjà soutenu des candidats dans l’Ariège, le Tarn, les Hautes-Pyrénées et le Lot, complète sans masquer son indignation : « Je suis pour l’union de la gauche avec une clarté sur les valeurs et une juste représentation. Dans cet accord, nous avons six candidats dans l’Occitanie. Six ! Un tiers des départements de gauche sont en Occitanie, 30% des militants socialistes sont en Occitanie. Il n’était pas question que dans l’Hérault, dans la Haute-Garonne, dans l’Aude… nous ayons toutes les circonscriptions. J’ai fait des propositions mais jamais zéro dans l’Hérault. Je ne l’avais même pas pensé et je ne pensais pas que l’on arriverait à ça. J’étais prête à un accord électoral mais là une circonscription dans le Gard, deux sur dix en Haute-Garonne dont aucune à Toulouse où je fais 70% face au maire Jean-Luc Moudenc, trois dans l’Aude alors que nous en demandions qu’une. Et c’est tout pour les treize départements d’Occitanie ».

« Il a enterré notre formation »

De quoi provoquer l’incompréhension chez les socialistes héraultais et beaucoup de colère à l’égard de leurs instances nationales. « Ils sont allés à la gamelle. J’aurai bien aimé que la 11e circonscription de Seine-et-Marne soit accordée à nos partenaires. Cela aurait été un bel exemple de la part de notre Premier secrétaire » pointe Kléber Mesquida en évoquant la circonscription sur laquelle est élu Olivier Faure.

L'union des socialistes héraultais contre l'accord national avec La France Insoumise.
L’union des socialistes héraultais contre l’accord national avec La France Insoumise. (©CN / Métropolitain)

Le président du département ne mâche pas ses mots à l’égard de ce dernier : « Il y a quatre ans, lors du congrès où il fallait élire un Premier secrétaire national, comme je le connaissais bien j’avais dit qu’à chaque fois qu’on le voyait à la télé on avait l’impression qu’il venait annoncer la mort d’un petit chat et qu’il avait le charisme d’un directeur des pompes funèbres ». Fermer le banc ? Pas encore : « Aujourd’hui, je lui rappelle la formule et j’ajoute, il a rempli son œuvre. Il a enterré notre formation. Je ne vois pas comment les adhérents peuvent continuer avec lui. Je le regrette. Mais c’est peut-être l’occasion d’une refondation. Quand un bâtiment est lézardé on le rase et on reconstruit ».

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Candidate sur la 7e, Julie Garcin Saudo affiche son volontarisme malgré tout : « Auprès des électeurs, les salades composées que l’on fait juste avant les élections pour sauver des places et se dire qu’il ne faut pas que le parti meurt ne passent pas. Notre parti est en grande difficulté mais c’est maintenant qu’il faut le relancer avec des forces comme Carole Delga, Michaël Delafosse… avec des élus de terrain que nous sommes pour redonner confiance à ces électeurs qui votent pour nous et nous soutiennent ».

Position face à l’extrême droite

Outre cette question du partage des circonscriptions, le désaccord est profond avec La France Insoumise sur un point particulièrement souligné par Carole Delga. « Nous sommes de gauche. On a toujours été très clair. Quand sur la 2e, il a fallu appeler à voter pour Muriel Ressiguier (LFI) face à Stéphanie Jannin (LREM), nous l’avons fait. Quand il faut choisir entre la droite et la gauche je choisis toujours la gauche mais au premier tour, il est important d’avoir des candidatures très claires ».

Si la présidente de région évoque cet épisode des précédentes Législatives, elle met en bascule : « Il y a cinq ans, les Socialistes ont appelé à voter pour les candidats de la France Insoumise face à ceux de la droite. La réciproque n’a pas été vraie dans de nombreuses circonscriptions où nous étions contre La République en Marche et la France Insoumise ne nous a pas soutenu ».

Carole Delga et Kleber Mesquida
Carole Delga et Kleber Mesquida (©CN / Métropolitain)

Carole Delga garde également en mémoire : « Aux Municipales à Perpignan, comme d’habitude, j’ai proposé l’union. Il y avait un enjeu avec en face Louis Alliot. Qui a refusé l’union à Perpignan ? C’est la France Insoumise. Il a manqué 3,5 points à notre candidate pour être au second tour. La liste de La France insoumise a fait 6,5%. Quand la désunion fait gagner l’extrême droite c’est très douloureux ». Et encore plus récemment : « Le soir du premier tour nous avons tous appelé à voter avec le bulletin d’Emmanuel Macron, avec les nombreux désaccords que nous avons avec lui et son programme, parce que c’était le choix entre l’extrême droite et un candidat républicain. Mais quand il y a des choix à faire, on ne parle pas de troisième tour quand il y a un second tour ».

Des projets de société différents

D’autres points de désaccord complète la ligne de fracture avec la France Insoumise.  « Les candidatures que nous portons ont pour objet de défendre un projet de société qui n’est pas le même que celui avec qui on voudrait nous marier » estime Aurélien Manenc, candidat sur la 5e. Même ressenti de la part de Julie Garcin Saudo qui ne se voile pas la face : « On connait la nature humaine et on sait que l’on a vraiment des différences. Essayer de trouver des ententes juste pour ces élections, alors que dans trois mois, le naturel reviendra au galop… Je préfère me battre dès maintenant pour mes convictions auprès des électeurs qui me feront confiance ». Des candidats qui mettent en avant un ancrage territorial avec de nombreux relais à l’exemple du comité de soutien composé de 16 conseillers départementaux, 8 conseillers régionaux et 9 présidents d’intercommunalité.

Le comité de soutien réuni derrière les candidats.
Le comité de soutien réuni derrière les candidats. (©CN / Métropolitain)

En soutien, Carole Delga appuie : « Ils incarnent cette gauche qui pour moi est fondamentale et précieuse, composée de socialistes et de non socialistes car ce sont des candidatures d’union. Je suis très attachée à l’union mais certainement pas dans le dogmatisme. L’union, ce n’est pas la confusion. On doit avoir un projet commun, pouvoir dire à nos concitoyens ce que l’on votera ou pas. Nous sommes contre la retraite à 65 ans, nous sommes profondément européens et donc profondément pour l’état de droit et profondément en soutien du peuple ukrainien. Je suis pour la souveraineté populaire, pour tous les peuples du monde, y compris l’Ukraine. Nous devons avoir des positions très claires sur ces sujets ainsi que sur le mix énergétique où nous avons besoin des énergies renouvelables et du nucléaire. Nous avons tous au cœur cette République. C’est ce qui fait notre force ensemble, ce qui fait notre capacité à vivre ensemble avec des opinions différentes, des religions différentes, le fait de croire ou ne pas croire. Notre bien commun est la République. Nous sommes contre la communautarisme. La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. On ne stigmatise aucune religion. La religion relève de la sphère privée. En conscience et en fidélité, je soutiens ces candidats de l’union de la gauche ». Ou les grandes lignes d’un programme de refondation…

« C’est un accord qui ne tiendra pas »

Le sénateur Hussein Bourgi ne se fait pas beaucoup d’illusion quant à cette nouvelle alliance de la gauche. « C’est un accord qui ne tiendra pas. Quand vous faites une étude comparée des accords programmatiques de La France Insoumise avec EELV et le PC on se rend compte qu’il y a des différences. On dit aux écologistes ce qu’ils veulent entendre et aux communistes ce qu’ils veulent entendre. Dans l’accord négocié avec le PS, ce qui m’interpelle c’est que l’on communique sur un accord de circonscriptions et on continue à discuter l’accord programmatique. C’est une façon singulière de faire de la politique qui consiste à expliquer aux citoyens et électeurs que l’on s’est répartis les places et ensuite on parle du contenu. Le compte n’y est pas et c’est un accord qui n’a pas vocation à être respecté » juge-t-il.

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À l’instar de Kléber Mesquida, Hussein Bourgi fustige les instances nationales : « Aujourd’hui, Olivier Faure est peut-être légitime pour être Premier secrétaire du PS mais il n’a plus aucune autorité pour faire respecter cet accord. Sa parole et sa signature ne valent que dalle. L’accord national, dans l’Hérault, on va s’asseoir dessus. Et on va s’asseoir dessus confortablement. Ce que je vous dis pour l’Hérault, vaut pour beaucoup de fédérations dont Paris. Il y aura des candidatures de territoire partout ».

« On sera des insoumis »

Une fronde qui pourrait effectivement monter des régions, les élus locaux ayant été écartés des discussions dans le jeu des attributions des circonscriptions. Alors le sénateur projette : « La campagne que nous ferons dans les prochaines semaines consistera à parler des enjeux du territoire de l’Hérault. Paris, tout le monde s’en fout. C’est une péripétie. On passera rapidement aux vrais sujets qui concernent les habitants du département ». Et une nouvelle fois, les électeurs de gauche auront encore à choisir entre plusieurs candidats…

Quand aux conséquences d’une éventuelle dissidence avec le Parti Socialiste, Kléber Mesquida s’en amuse : « On sera des insoumis. On n’a pas vocation à être des carpettes. On n’a nos convictions et nos forces ». Carole Delga tempère : « On fera les choses étape après étape, avec sérénité, cohérence et honnêteté ». Autant dire que le bureau national du PS, auquel a participé Carole Delga et Hussein Bourgi mercredi soir, a dû être animé. Mais bien moins que le conseil national qui suivra ce jeudi pour valider ou pas l’accord. Avec sans doute en substance la question de l’avenir du Parti Socialiste. Au final, confié au sort des électeurs en juin…

Le 05/05/2022 à 07:14, par Cédric Nithard.