Présidentielle : Montpellier, une terre de gauche… mais laquelle ?

Présidentielle : Montpellier, une terre de gauche… mais laquelle ?


Montpellier reste une terre de gauche.
Montpellier reste une terre de gauche. (©CN / Métropolitain)

Comme la plupart des métropoles, les électeurs de Montpellier ont écarté du podium Marine Le Pen et placé largement en tête Jean-Luc Mélenchon, devant Emmanuel Macron. Si la capitale héraultaise reste une terre de gauche, l’Union Populaire sort vainqueur localement du scrutin, ou plutôt Nous Sommes qui mena le gros de la campagne, face aux différentes composantes du bloc municipal – PS, EELV et PC – divisées nationalement. Chaque élection ayant sa vérité, il est cependant encore trop tôt pour tirer un constat quant à leurs réelles forces avec la perspective des législatives en juin.

L’abstention toujours en hausse

Montpellier n’a pas échappé à la règle. Ce premier tour de l’élection présidentielle a une nouvelle fois attiré moins d’électeurs dans les bureaux de vote. Après 16,74% en 2007, puis 22,44% en 2012 et 25,34% en 2017, personne ne peut se satisfaire d’une abstention à 27,55% pour l’élection majeure du pays.

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Une tendance qui suit celle des précédents scrutins tenus dans le contexte du covid (Municipales 2020 : 34,61% ; Régionales 2021 : 28,08% ; Départementales 2021 : 28,03%) et confirme malgré les vagues de contestation le désenchantement de certains à l’encontre de la politique. 

Reste à savoir si les électeurs montpelliérains, majoritairement à gauche, se mobiliseront pour un second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Le « tous contre l’extrême droite » l’emportera-t-il sur le « tout sauf Macron » ? En 2017, l’abstention avait atteint 30,53% pour le même duel que le candidat En Marche avait remporté avec 77,67% des suffrages dans le Clapas.

Les résultats à Montpellier

162 676 inscrits

115 893 exprimés soit 72,45% de participation et 27,55% d’abstention

582 nuls

1 384 blancs

Jean-Luc Mélenchon 40,73%

Emmanuel Macron 22,45%

Marine Le Pen 12,42%

Éric Zemmour 6,67%

Yannick Jadot 6,17%

Valérie Pécresse 3,17%

Anne Hidalgo 2,3%

Jean Lassalle 1,9%

Fabien Roussel 1,76%

Nicolas Dupont-Aignan 1,31%

Philippe Poutou 0,73%

Nathalie Arthaud 0,35%

Nous Sommes… l’Union Populaire ?

Comme en 2017 (31,46%), Montpellier a placé Jean-Luc Mélenchon largement en tête (40,73%). Un raz de marée pourtant difficile à analyser. Faut-il y voir un plébiscite en faveur du leader de l’Avenir en Commun ou une manifestation du vote utile pour le candidat à gauche le mieux placé ?

« Le message des montpelliérains est clair et sans ambiguïté : au local comme au national, c’est une politique de rupture qu’ils exigent, loin des atermoiements macronistes du maire PS largement désavoué ce soir » analysait Alenka Doulain, convaincue d’avoir renforcé sa position d’opposante avec au passage une beau changement d’image en étant désormais définitivement associée à La France Insoumise plutôt qu’à Mohed Altrad.

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Après avoir réussi à quasiment effacer du paysage de la campagne la députée LFI Muriel Ressiguier, l’élue Nous Sommes au conseil municipal et métropolitain compte bien s’appuyer sur ce résultat. « Dans cette future bataille qui s’annonce vitale, avec le Mouvement Nous Sommes et l’Union populaire, je prendrai toutes mes responsabilités pour aider à rassembler les forces du bloc du commun à Montpellier » annonce-t-elle.

La deuxième circonscription de l’Hérault, que ne compte pourtant pas lâcher Muriel Ressiguier même si les instances nationales de son parti ne se sont pas encore positionnées, pourrait justement être le terrain de cette future bataille. Toute division des candidatures comme lors des municipales, réduirait à néant toute perspective de victoire.

Une gauche municipale faible

Mathématiquement, le bloc PS-EELV-PC qui l’avait justement emporté aux municipales en 2020 cumule sur cette élection seulement 11,1%. Inaudibles malgré les enjeux environnementaux, Yannick Jadot et EELV pointent à 6,17%, quand Fabien Roussel et les communistes, qui n’avaient plus présentés de candidat depuis 2007, pâtissent sans doute le plus du vote utile à gauche en faveur de Jean-Luc Mélenchon avec un faible 1,76%.

Mais le coup était sans doute le plus rude dimanche pour Michaël Delafosse. « Ce soir, pour la troisième fois en 20 ans, la gauche n’est pas qualifiée au second tour de l’élection présidentielle. C’est un échec : celui du rassemblement, celui de la clarté sur les idées. Le populisme s’impose de manière très inquiétante dans la vie démocratique » jugeait le maire de Montpellier qui n’a donc pas pesé, comme les autres membres de « l’équipe des maires » de la candidate socialiste, dans la campagne. Pire, après les 8,90% de Benoit Hamon en 2017, Anne Hidalgo et ses 2,3% réussit un score historiquement bas à Montpellier. Ou comment être un bon joueur de club sans pour autant pouvoir prétendre à l’équipe de France. C’est pourtant ce que tenteront à nouveau les trois formations en présentant chacune des candidats aux législatives. Ce sera alors l’occasion de mesurer les forces respectives de tous les partis de gauche et donner, par cette division, des opportunités aux autres formations. Ou comment rejouer l’échec de la présidentielle…

Les deux finalistes et une droite

Par rapport à 2017, les deux finalistes n’ont pas progressé. Avec 22,45% contre 24,69% Emmanuel Macron n’a pas réussi à s’ancrer davantage localement. Ce qui a été démontré, à part aux Législatives 2017, à chaque élection depuis la précédente Présidentielle.

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Si le Rassemblement National peut s’enorgueillir de quelques succès lors des précédents scrutin, Marine Le Pen ne progresse pas à Montpellier (de 13,32% à 12,42%). Un résultat qui peut toutefois être jugé comme satisfaisant quant elle a vu apparaître sur sa droite Éric Zemmour (6,67%).

Le candidat de la Reconquête a peut-être participé à l’érosion du vote Les Républicains. Quand François Fillon obtenait 15,79% en 2017, Valérie Pécresse n’en récolte aujourd’hui que 3,17%. De quoi s’interroger quant à la porosité de l’électorat de droite dans la perspective du second tour… et poser sans doute beaucoup de questions aux candidats LR aux législatives sur la campagne à mener pour ne pas avoir le sentiment de prêcher dans un désert qu’il commence à bien connaître.

Barrage au second tour ?

À l’exception d’Éric Zemmour et Nicolas Dupont Aignan, les autres candidats ont appelé à un vote, qui ne vaut pas soutien, pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. « Pour le second tour, le front républicain ne doit pas s’éroder, c’est une question de responsabilité. La gauche a toujours fait barrage à l’extrême droite sans tergiverser et ce, malgré de profonds désaccords sur les enjeux sociaux, éducatifs… C’est son honneur », soulignait Michaël Delafosse dès dimanche soir.

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Si le maire de Montpellier pourrait sans nul doute garantir « le front républicain » du bloc PS-EELV-PC, l’électorat de l’Union Populaire semble plus friable à la consigne anti extrême droite pourtant répétée à plusieurs reprises par Jean-Luc Mélenchon dimanche. Un électorat réunissant des partisans convaincus, des électeurs de gauche optant pour le vote utile entrainant les faibles scores des autres partis mais également des votes contestataires moins voués aux logiques politiques. À accompagner aveuglement toutes les contestations, certains ont (volontairement) oublié que le « tout sauf Macron » n’était pas obligatoirement de gauche et peut aujourd’hui s’exprimer par un bulletin Marine Le Pen. De populaire à populiste, il n’y a qu’un pas. Nationalement et localement, la gauche a du travail…

Le 11/04/2022 à 17:40, par Cédric Nithard.