Chronique judiciaire : « Le vol de portable est devenu le sport national ici »

Chronique judiciaire : « Le vol de portable est devenu le sport national ici »


Chaque semaine, retrouvez la chronique judiciaire.

Tribunal correctionnel, audience des comparutions immédiates. Ahmède est jugé pour avoir volé un téléphone portable par ruse à une jeune cliente d’une brasserie de la place de l’Observatoire, près de la tour de la Babotte. Le 15 mars en soirée, il était en compagnie d’un complice, mineur. Il a tout nié en garde à vue au commissariat central.

La présidente, Carole Daux attaque direct : « Bon, alors, vous maintenez votre position ici ? Vous êtes né en 2001, donc, vous êtes mineur ? Et ce n’est pas vous l’auteur du vol ? ». Le prévenu : « Moi, j’ai juste parler avec la fille, je n’ai pas vu quand ce monsieur a volé le téléphone posé sur la table. Je ne savais pas qu’il allait faire ça, je ne le connaissais pas, moi, ce monsieur ».

La juge met les choses au clair : « D’abord, les tests osseux indiquent que vous êtes adulte, vous ne faites plus partie des mineurs étrangers non accompagnés, même si vous êtes toujours pris en charge et hébergé par une structure d’État. Ensuite, vous continuez à dire que ce n’est pas vous, mais, on vous voit voler sur les caméras ; enfin, grâce à ces caméras précieuses pour la procédure judiciaire, vous connaissiez ce monsieur, puisque vous avez été filmés lors de tentatives de vols dans des sacs de femmes ». Et Carole Daux enfonce le clou : « Sur la vidéosurveillance, quand vous quittez cette brasserie, c’est vous et pas l’autre monsieur qui tient le téléphone en main. Vous l’avez encore sur vous, quand les policiers de la Sécurité publique vous ont interpellé, rue de la République ».

« C’est l’autre qui me l’a donné »

La réponse d’Ahmède fuse : « C’est l’autre qui me l’a donné ». La présidente est consternée : « Vous continuez à le désigner comme monsieur ou comme l’autre. Je répète que les agents de la Ville de Montpellier affectés au centre de supervision urbaine, le CSU, vous surveillaient en direct, après avoir constaté votre manège : avant de pénétrer dans cette brasserie et de dérober ce téléphone, vous avez effectué plusieurs tentatives avec ce mineur ».

« Il m’a demandé où se trouvait la gare »

L’adolescent âgé de 16 ans va être convoqué prochainement par un juge des enfants et Ahmède donc seul à livrer sa version. La juge le presse comme un citron : « Non seulement, on vous a filmé en direct, non seulement, vous aviez le téléphone volé sur vous, mais, de plus, la victime vous a formellement identifié comme étant le voleur, vous maintenez n’avoir jamais mis les pieds dans ce bar et être innocent ? ».

Le prévenu réagit : « Bon, allez, c’est vrai, j’y étais bien ». Il reconnaît aussi avoir bien adressé la conversation à la jeune femme, qui avait posé son téléphone sur la table. « La victime déclare que le plus grand des deux, donc vous, m’a demandé où se trouvait la gare SNCF. Après coup, quand j’ai vu qu’il était parti avec mon portable et que j’ai appelé la police, je me suis dit, mais, la gare SNCF Saint-Roch est à côté, ça ne m’a pas mis la puce à l’oreille », lit Carole Daux.

« Sept alias »

Le procureur de la République, Antoine Wolff dénonce, « la version détestable du prévenu qui est connu sous sept alias et qui multiplient les mensonges. Il fait partie de ces groupes de jeunes étrangers qui volent les téléphones par la ruse ou par arrachage, selon un mode opératoire bien rodé. C’est devenu un sport national dans les rues de Montpellier, au point que les agents du CSU passent leurs temps à les repérer et à les suivre via les caméras ». Il requiert six mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

« Donnez-moi une chance »

En défense, Fanny Laporte évoque le parcours chaotique de ce mineur étranger non accompagné, « qui a fui son pays, le Maroc et sa famille d’une fratrie de quatre enfants, pour errer dans Paris, puis, pour venir à Montpellier, où il fréquente les autres adolescents livrés à eux mêmes depuis trois ans. Ahmède a croisé le chemin d’une Montpelliéraine qui est native du même bled que lui, au Maroc et qui propose de l’héberger et de lui trouver un travail. Dans la salle, sa concubine est également présente, elle va le prendre en main, également, pour le sortir de cette spirale. Il a des garanties de représentations ».

Debout dans le box, Ahmède supplie les juges avant leur délibéré : « Je veux tourner la page, s’il vous plaît, donnez-mois une chance ». Il n’a pas convaincu : il part pour trois mois au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone.

Le 23/04/2019 à 09:00, par Jean-Marc Aubert.