Un mercredi après-midi, dans une friperie du centre de Montpellier, l’ambiance tranche avec la gravité du sujet. Au Club des Simone, cinq enfants âgés de 5 à 6 ans participent à un atelier animé par Line Herzog, coach anti-harcèlement scolaire. Pendant une heure et demie, les rires alternent avec des moments plus introspectifs.
Avant de commencer, chacun se présente. Les enfants disent leur prénom, ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas. L’exercice pose un cadre simple. Il donne aussi une première place à la parole. « J’accompagne les enfants et les adolescents à sortir du harcèlement scolaire victorieux », explique Line Herzog. Sa méthode repose sur des outils concrets et accessibles. Elle vise à renforcer la confiance en soi sans employer des mots trop lourds pour cet âge.
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Des mots qui blessent, des mots qui réparent
Le premier exercice s’intitule « les mots qui piquent ». Les enfants écrivent ou dessinent sur des papiers ce qui leur fait mal. Certains choisissent une approche imagée. Ils dessinent des bonbons pétillants, du poivre ou du piment. D’autres livrent des phrases entendues : « T’es nul », « T’es plus ma copine ». Les papiers finissent dans un chaudron magique. Le geste amuse et symbolise aussi une mise à distance.
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Puis vient le temps des mots qui font du bien. Les enfants s’impliquent davantage. Les phrases changent de ton. « Tu es mon petit roi », « T’as du talent ». Beaucoup reprennent des paroles entendues à la maison. Pour Line Herzog, ces exercices simples ont une portée réelle. « Les enfants que j’accompagne ont souvent une posture vulnérable, un manque de confiance en eux. Les autres le sentent et en profitent. »
Des super-héros pour changer de posture
L’atelier se poursuit avec un jeu de mise en scène. Les enfants adoptent des postures de super-héros. Spiderman, Hulk, une fée ou Stella de la Pat’ Patrouille deviennent des modèles. Les corps changent, les épaules se redressent, les regards se fixent.
Ce travail sur la posture n’a rien d’anodin. « Le fait de montrer de l’assurance permet de déstabiliser le harceleur », précise la coach. Elle insiste sur l’importance de la réponse. « Quand un enfant répond de façon surprenante mais respectueuse, le harceleur peut se sentir en danger. »
« Le fait de montrer de l’assurance permet de déstabiliser le harceleur. Quand un enfant répond de façon surprenante mais respectueuse, le harceleur peut se sentir en danger. »
Elle rappelle que le phénomène repose souvent sur un rapport de pouvoir. « Un harceleur a besoin d’un public pour garder sa popularité. »
Un bouclier imaginaire pour se sentir en sécurité
La dernière activité invite à dessiner un bouclier magique. Chaque enfant crée une bulle protectrice. Certains remplissent leur feuille de cœurs colorés. D’autres imaginent un refuge plus structuré. Sans employer des termes techniques, l’atelier prépare les enfants à affronter des situations difficiles. Il pose des bases, plante une graine.
« Chez les plus jeunes, on suggère. On leur montre qu’ils peuvent se défendre, se relever, penser à leur super-héros, utiliser ce bouclier », résume Line Herzog. Son approche s’appuie aussi sur son propre parcours. Elle a subi du harcèlement de 7 à 18 ans. « Si j’avais eu ces outils, ma vie aurait été différente. »
« Chez les plus jeunes, on suggère. On leur montre qu’ils peuvent se défendre, se relever, penser à leur super-héros, utiliser ce bouclier. Si j’avais eu ces outils, ma vie aurait été différente »
Une méthode qui dépasse l’atelier
Au-delà de ces séances collectives, la coach propose un accompagnement sur plusieurs semaines. Elle travaille sur la répartie, l’humour et l’autodérision. Elle inclut aussi les parents dans le processus. « Quand on fait à la place de l’enfant, on envoie le message qu’il n’est pas capable. Ce n’est pas le but », insiste-t-elle.
Elle aborde également le cyberharcèlement. Les mécanismes restent proches, mais le cadre change. Les attaques ne s’arrêtent plus à la porte de l’école et peuvent durer toute la journée.
À la fin de l’atelier, les parents arrivent. Les enfants tardent à ranger. Une signe qui ne trompe pas. Dans cet espace improvisé, entre vêtements vintage et feuilles de dessin, une première étape vient de se jouer.

