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Interview. Florence Medina : « J’ai créé l’ONG pour la Vie pour l’Afrique »


Gérante à Montpellier d’une société spécialisée dans l’import-export, Florence Medina est une chef d’entreprise pugnace, engagée depuis l’an dernier, dans un projet humanitaire fort : mettre en place grâce à son association, une équipe européenne de chirurgiens francophones pour former leurs confrères camerounais à la transplantation rénale et ainsi les aider à affronter une crise sanitaire d’ampleur.

L’Afrique, un continent immense, dont elle a récemment découvert les enjeux sanitaires, compte en effet de nombreux patients en situation de détresse médicale, à qui elle souhaite venir en aide grâce à la générosité de la communauté internationale. Et ça commence, bien sûr, par Montpellier, berceau de la médecine. Interview.

Vous organisez le samedi 13 avril prochain, à Montpellier, une soirée de gala triée sur le volet. De quoi s’agit-il ?

Il  s’agit, d’organiser une soirée de lancement à la fois pour marquer la création de l’ONG et pour mettre à l’honneur les chirurgiens français, suisses et belges, qui ont répondu à mon appel avec un grand OUI, pour former leurs confrères à la transplantation rénale au Cameroun. Cette soirée permettra avec l’argent récolté de financer l’aménagement des blocs opératoires. Nous avons sollicité l’équipe du Terminal#1 pour privatiser l’étage et recevoir tous nos invités à ce Gala. Eux aussi ont accepté spontanément et je les remercie pour leur générosité.

Quel a été le déclencheur de votre engagement humanitaire ?

Comme je vous le disais, j’étais en déplacement au Cameroun, et en visite au GHY (Grand Hôpital de Yaoundé), lorsque que j’assiste  alors à une scène pour le moins étrange : à l’entrée de cet hôpital, un homme, visiblement affaibli, patiente devant une guérite, qui se trouve sur le parvis. Face  à lui, je vois des individus qui, régulièrement,  vont y déposer de l’argent. Lui, vient en inspecter le contenu avec une impatience tangible. Intriguée, je pose la question au directeur de l’hôpital, avec qui j’ai rendez-vous pour un tout autre dossier. Il m’explique alors que suite à une intoxication avec de faux médicaments vendus par un groupe  peu scrupuleux, près de 3 000 personnes au Cameroun ont eu les reins détruits. Elles doivent, à présent, suivre un traitement à vie et se faire dialyser trois fois par semaine.

C’est désolant, mais quel rapport avec cet homme à l’entrée de l’hôpital ?

Et bien cet homme fait partie des ces malheureux qui ont les reins détruits, et les personnes qui venaient remplir l’urne sont des donateurs. Et que si l’homme faisait autant d’aller-retour, c’était pour vérifier que la somme nécessaire à l’achat de son kit de soin (l’équivalent de 10€) soit réunie pour qu’il puisse se faire dialyser.

Nombreux sont les patients qui affluent à l’hôpital dans l’attente de dons… ou abandonnent tout simplement les soins, au risque de perdre rapidement la vie. Insupportable pour moi.

Il n’existe pas d’aides pour les personnes intoxiquées dans le cadre de ce scandale sanitaire ?

Si, mais elles ne sont malheureusement pas suffisantes… Ces personnes ont besoin de trois dialyses par semaine. Le kit dont je vous parlais équivaut à une dialyse. Le gouvernement  prend en charge  deux kits par personne et par semaine, le dernier devant être payé par le patient ou par sa famille. Quand on sait que le salaire mensuel moyen, là-bas, est de 120€ (80€ pour les emplois les moins qualifiés), on comprend vite qu’à quatre kits par mois, nombreux sont les patients qui affluent à l’hôpital dans l’attente de dons… ou abandonnent tout simplement les soins, au risque de perdre rapidement la vie. Insupportable pour moi.

C’est ainsi qu’est née votre association.

Exactement. Touchée par l’ampleur de cette catastrophe humanitaire, car je ne vois pas d’autres termes plus appropriés, j’ai donc interrogé le directeur de l’hôpital sur la façon dont nous, européens, pourrions leur venir en aide. Je lui ai dit : « 10€ pour un kit ?  Il faut lever des fonds ! ». Il m’a alors répondu que, certes, des financements seraient toujours les bienvenus, mais que sa priorité absolue ne se trouvait pas là.

Quelle était-elle ?

Elle se trouvait sur le plan de la formation des équipes médicales. Le directeur m’a confié que l’urgence, pour lui, était de pouvoir opérer les patients éligibles à une transplantation rénale. Ses chirurgiens n’ont, pour l’heure, pas cette compétence, alors que cela permettrait à tous ces gens de retrouver une vie normale et de cesser enfin ces allers et retours, trois fois par semaines, pour certains à plus de quatre heures de route.

Le calcul est donc simple.

C’est à dire ?

Un patient transplanté, ce sont 4 kits de sauvés par mois, et donc un patient de soigné en plus.

Un patient transplanté, c’est un patient sauvé et une économie pour le gouvernement de 1040 € (sans compter les frais de personnel, de gestion d’eau potable, etc.) par patient. Et pour le patient, c’est une économie de 520 € par an, soit plus de 4 mois de salaire.

Donc la première action de votre ONG sera d’envoyer un chirurgien sur place ?

Plus ou moins. La toute première action déjà initiée depuis septembre 2018, fût de trouver des donneurs compatibles. L’équipe médicale ainsi que les autorités du Ministère de la Santé ont préféré choisir des donneurs compatibles au sein des familles des patients. À l’heure où je vous parle, déjà 30 donneurs sont prêts à donner un rein à un membre de leur famille. Aujourd’hui, nous sommes à la deuxième action, c’est-à-dire financer la construction de deux blocs opératoires (un pour le donneur, un pour le receveur) permettant la réalisation de cette chirurgie de pointe. Pour que cette deuxième phase se concrétise, et pour aller vite, j’ai souhaité créer l’ONG pour réunir  un pôle de plusieurs chirurgiens spécialisés pour les former et pour les accompagner. C’est une véritable équipe européenne francophone qui est prévue, composée de différents pays comme la France, la Suisse, la Belgique…

Quand vous dites « nous », de qui s’agit-il ?

Je parle des membres bénévoles du conseil d’administration de l’association.  Je commencerai par citer Catherine Fandin,  la trésorière, que j’ai choisi pour sa rigueur et son intégrité sans faille. On ne la  présente plus à Montpellier. Elle est par ailleurs gérante de société dans la promotion immobilière. Son expertise et son expérience dans le milieu associatif étaient pour moi indispensables. Ensuite, j’ai choisi Sabine Ngo. Avocate, c’est la secrétaire de l’ONG, chargée de toute la partie juridique, indispensable elle aussi. Avec nos trois profils très complémentaires, j’ai voulu être dès le départ entourée des bonnes personnes.

Nous avons intégré à ce jour des administrateurs bénévoles, Gérard Maza et Olivier Jacquet, issus de la société civile. Nous avons par ailleurs reçu  de nombreuses demandes supplémentaires de bénévoles  désireux(se) de venir nous rejoindre. Ils sont prêts à engager de leurs temps pour mener à bien notre projet.

Gros enjeu, donc autour de ce gala.

Oui, car il ne s’agit pas que d’une opération coup de poing pour récolter des fonds grâce aux gestes de généreux donateurs. Au contraire, c’est le démarrage d’une équipe, c’est un travail de longue haleine qui s’engage. Une ONG pour la Vie est une association qui œuvre et oeuvrera encore pour des missions précises dans le cadre de la santé, de l’habitat, de l’alimentation, de la formation, de la transition énergétique et, plus largement, pour mener des actions dans l’intérêt des populations chaque fois que cela sera nécessaire.

C’est surprenant que d’autres ONG de ce type n’existent pas déjà.

L’ADN de notre ONG, c’est d’être une équipe francophone, européenne, pour sa première mission  au bénéfice de  la transplantation rénale. Et oui, unique en son genre à ma connaissance, car elle mutualise les compétences de trois pays européens et renforce la francophonie.

Chaque fois que nous améliorons la qualité de vie des citoyens dans un pays, son développement économique suit et la paix gagne du terrain.

Vous interviendrez donc seulement au Cameroun ?

Pour cette année, nous avons mis toute notre énergie pour le Cameroun, cependant notre attention se porte aussi  sur toute  l’Europe, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. Mais c’est à Yaoundé que tout va démarrer.

Une phrase de conclusion ?

Un pas de puce, qui se transforme en pas de géant, parce qu’à chaque fois que nous améliorons la qualité de vie des citoyens dans un pays, son développement économique suit et la paix gagne du terrain. C’est ce qui me motive dans mes actions. Si vous aussi, souhaitez participer à cet élan, venez nous rejoindre en nous écrivant et/ou en participant à cette soirée de Gala. Attention, les places sont limitées.

Uneongpourlavie.org

uneongpourlavie@gmailcom

Dîner de gala, le 13 avril à 18h30 au Terminal#1, route de la Mer, avenue Raymond Dugrand, Montpellier

Tenue correcte exigée. 130€/personne

27/03/2019 à 09:30 par Xavier Paccagnella