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Kléber Mesquida : « Voir loin, agir juste »


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Le président du Conseil départemental de l’Hérault attaque 2019 avec mordant. Selon lui, la réforme des collectivités, quoique bâclée, a renforcé le rôle du Département comme première collectivité de proximité. Malgré la baisse des budgets, et sur fond de crise sociale profonde, l’élu entend faire de sa collectivité un acteur majeur du territoire.

Kléber Mesquida revendique son engagement dans la solidarité nationale, comme le montre l’expérience réussie du dispositif innovant « RSA vers l’insertion » ; mais il confirme également le rôle de locomotive du Département, qui devrait investir plus de 200 M€ en 2019. Le président veut préparer l’avenir :  »Voir loin, agir juste », dit-il. En piste…

Bilan politique de l’année 2018 pour la France. Satisfait ?

L’année s’est terminée dans l’inquiétude, symbolisée par le mouvement des Gilets Jaunes, que je comprends sur le fond, mais dont je saisis mal la finalité. Le discours de ce mouvement est devenu confus : manque d’organisation, de porte-paroles, divergences sur les revendications, débordements – et je ne parle pas ici des méfaits des casseurs – rendent le discours un peu flou… Mais au-delà de la mobilisation et des tensions, je redoute surtout un drame de grande ampleur. Les tensions ne s’apaisent pas. J’ai l’impression que l’on dresse des catégories de Français contre d’autres catégories de Français. Je suis inquiet.

Ce gouvernement qui ne répond pas, ne réagit pas et ne nous accorde qu’indifférence et mépris.

Est-ce que vous jetez la pierre à Emmanuel Macron ?

Il a sa part de responsabilité dans cette crise, bien sûr. Mais pas uniquement lui : tout son gouvernement. L’État n’a pas été clair. On a vécu des scènes hallucinantes : un ministre, qui le matin annonce des choses, contredit l’après-midi par le Premier ministre, lui-même contredit par le Président de la République le soir… Lorsqu’un État entretien autant de flou, il génère encore plus de ressentiments. Je suis atterré par la façon de faire de ce gouvernement, qui a réussi, pour la première fois en cinquante ans, à rompre totalement le dialogue avec les collectivités locales. Toutes les grandes associations d’élus de France, celle des maires, des Départements et des Régions ne discutent plus avec ce gouvernement qui ne répond pas, ne réagit pas et ne nous accorde qu’indifférence et mépris.

Vous n’étiez pas non-plus très satisfait par la politique de Manuel Valls…

Je n’ai pas rejoint le groupe des socialistes Frondeurs, comme on l’appelait à l’époque, mais j’ai en effet voté contre certaines décisions de Manuel Valls. J’avais contesté le CICE, par exemple… Notamment des décisions qui me semblaient aller à l’encontre des valeurs sociales qui fondent notre société. Mais les cadeaux ont continué, aux plus riches ou aux grandes entreprises, avec la suppression de l’ISF…

Le président départemental, plutôt mordant en ce début d’année, veut préparer l’avenir tout en innovant autour de la solidarité nationale.

Justement, quel est votre modèle de politique sociale ?

Je crois toujours à une société plus juste, reposant sur le principe de la solidarité. Dans son discours d’investiture de 1988, Michel Rocard établissait déjà un diagnostic qui fait toujours écho 30 ans après : « Il n’est pas digne de notre passé, ni concevable pour notre avenir, que tant de gens survivent dans la misère et se voient rejetés aux franges d’une société qui les frappe d’exclusion sans appel ». Cette vision me guide : la solidarité entre les citoyens, l’égalité des chances, c’est ma boussole politique.

Pensez-vous que le Parti Socialiste peut se reconstruire ?

Oui. Je suis en prise directe avec les militants et je peux vous assurer que ça bouge de leur côté. Ils ont envie de reconstruire et le processus est lancé. Je crois à la renaissance du PS tout comme je crois encore aux partis politiques. Je ne pense pas qu’ils soient morts, comme certains l’ont claironné. Le Parti Socialiste va renaître car ses militants sont sincèrement attachés à des valeurs qu’ils veulent faire vivre, notamment celles liées à la solidarité, qui ne sont portées par personne aujourd’hui dans la politique française.

Quel bilan tirez-vous de la réforme des collectivités ?

(silence) Je crois que notre pays traverse une crise institutionnelle profonde. Une nouvelle génération de députés est arrivée à l’Assemblée, mais ces parlementaires n’ont, pour l’immense majorité, jamais exercé un mandat local. Ils n’ont pas d’expérience et, de fait, sont tenus dans le mépris par le gouvernement. N’oublions pas que le Président de la République fait adopter ses grandes réformes, et notamment les moins populaires, à coup d’ordonnances. Que penser d’un pays qui piétine et écrase les députés ? Qui eux-mêmes acceptent leur sort docilement ? Les députés ne sont plus aujourd’hui le relais de la société, ils sont aux ordres, et on ne les entend pas. Vous avez entendu les députés de l’Hérault sur les Gilets Jaunes ? Vous les voyez s’impliquer dans une lutte, un combat pour un projet pour le territoire ?

Nous sommes les seuls, aujourd’hui, à mailler véritablement le territoire.

Vous dîtes que les moyens du Département baissent régulièrement… Est-ce une conséquence de la réforme des collectivités ?

La réforme des collectivités a été bâclée. Je ne suis pas sûr que la création des grandes régions change vraiment la donne… Mais cette réforme a eu une conséquence directe pour notre collectivité, outre la baisse des financements, sur laquelle on va revenir : pour les citoyens, le Conseil départemental est devenu la seule collectivité de proximité. Nous sommes les seuls, aujourd’hui, à mailler véritablement le territoire. Et comme nous sommes en charge de la solidarité territoriale, nous sommes la collectivité, avec la mairie bien sûr, vers laquelle le citoyen se tourne le plus souvent. Au final, nous avons gagné en présence et en implication sur le territoire, avec 36 lieux d’accueil, des  »guichets uniques », répartis partout dans l’Hérault, dont huit dédiés spécifiquement aux personnes âgées et personnes porteuses de handicaps. L’objectif est précis : simplifier les démarches des séniors et des personnes handicapées. Les citoyens ne savent plus qui sont leurs Conseillers régionaux, mais les Conseillers départementaux, eux, sont bien identifiés.

Avenir et générations futures, préservation de la planète, solidarité pour et entre les citoyens : pour Kléber Mesquida, « le Département, un acteur majeur du territoire, sait où il doit aller ».

Malgré cette crise des institutions, reste-t-il au Conseil départemental de quoi investir et développer des projets ?

Bien sûr. Et ce malgré, comme nous l’avons évoqué, les coupes budgétaires imposées par l’État. Mais nous sommes ambitieux : nous avons appris à faire aussi bien avec moins. Un exemple : en 2018, le budget primitif était de 1,490 Milliard d’euros, sans augmentation de la taxe foncière. Nous avons consacré 758 M€ au financement des solidarités, mais nous avons réussi à maintenir un haut niveau d’investissement, soit 206 M€ (+7M€ par rapport à 2017) pour soutenir l’activité et l’emploi ainsi que les communes et les intercommunalités dans leurs efforts.

Quels sont justement les grands projets du Département de l’Hérault ?

Il y en a beaucoup, et j’en suis heureux. Avant de parler des grands projets, je veux évoquer deux actions majeures : la création de Hérault Ingénierie et l’expérience que nous avons menée avec la CAF sur le dispositif innovant RSA vers l’insertion. Nous avons créé Hérault Ingénierie en février 2018. Cette agence technique propose notre expertise aux collectivités pour les accompagner dans leurs projets d’aménagements dans les domaines de l’eau potable et de l’assainissement, mais également de la voirie, de l’habitat ou d’autres équipements. Cette assistance peut être d’ordre technique, juridique ou financier. C’est un succès : nous avons déjà plus d’une centaine de collectivités concernées. Le dispositif RSA vers l’insertion est aussi un succès, car l’État semble intéressé pour l’étendre à toute la France.

En effet, le 17 décembre dernier, Christelle Dubos, Secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, a visité la CAF de Montpellier pour découvrir ce dispositif qui devrait être étendu à toutes les CAF. Ce dispositif propose une démarche commune entre la CAF et le Département pour simplifier et accélérer le parcours des nouveaux bénéficiaires vers l’insertion. La CAF centralise le pilotage des dossiers des nouveaux allocataires RSA, supprimant la multiplication des intervenants et raccourcissant les délais. Ce rendez-vous de 30 minutes, baptisé Entretien Giratoire, permet de faire le point sur la situation personnelle de l’allocataire et se conclut par la signature d’un contrat d’orientation fixant les étapes du parcours d’insertion afin de lever les freins à l’emploi. Il faut désormais 36 jours entre l’ouverture des droits à la CAF et le début de l’accompagnement, contre 97 jours dans le système classique. Avec ce dispositif, on note une progression de sortie du RSA sur le territoire expérimental de + 15%, contre 2% sur le reste du territoire. Je précise, enfin, qu’avec 18 autres présidents de Conseils départementaux, j’ai également déposé une proposition de loi d’expérimentation du revenu de base. Ce sujet doit être débattu à l’Assemblée nationale le 31 janvier prochain.

Pouvez-vous nous citer quelques grands projets portés par le Département ?

Oui, en commençant par le plan Hérault Littoral. Je précise que nous avons organisé et décliné notre action en « plans Hérault » pour plus de visibilité pour les citoyens : Hérault numérique, Hérault Ingénierie, Hérault Irrigation, etc. Le plan Hérault Littoral sera voté en février et vise à adopter une stratégie au long cours pour préserver et protéger nos 130km de côtes et de lagunes, face au dérèglement climatique, à l’avancée de la mer et aux enjeux actuels. Il s’agit de protéger les plages, de préserver le trait de côte, de moderniser les ports départementaux et de soutenir les filières de pêche et conchyliculture, tout en garantissant l’attractivité de cette zone touristique. Le point d’orgue de cette stratégie sera la création de la Maison du Littoral qui permettra au public de mieux connaître l’importance de la biodiversité, de son économie et de son identité. Nous allons consacrer à Hérault Littoral 350 M€ en cofinancement dans les dix années à venir…

L’eau est aussi au cœur de vos préoccupations…

Avec Hérault Irrigation, voté en décembre 2018, le Département s’est en effet engagé à tout mettre en œuvre pour garantir aux viticulteurs et aux agriculteurs les conditions optimales de production dans un contexte de réchauffement climatique. Sur les trente dernières années, les températures de l’Hérault ont en effet augmenté de 0,3 à 1,5°C et les projections 2050 font état d’une hausse d’1 à 2,5°C. Des épisodes répétés de sécheresse menacent la pérennité de la viticulture. De fait, nous allons dédier 310 M€ d’ici 2030 à un grand plan d’irrigation.

Vous avez aussi lancé les grands travaux pour le numérique…

Avec Hérault Numérique, lancé en 2018, nous allons équiper 255 000 entreprises et foyers héraultais en très haut débit, via la fibre optique. Les premiers abonnements ont été souscrits en décembre. Nous visons 286 communes couvertes d’ici 2022. Le chantier représente un investissement de 384 M€ en délégation de service public.

L’un des projets-phare du Conseil départemental de l’Hérault : l’aménagement du Domaine de Bayssan, à Béziers

Le Département va aussi construire. Un mot sur le Domaine de Bayssan et Alco 2 ?

Cette année sera celle de la réalisation du bâtiment Alco II, face à Alco I. Conçu par l’architecte François Fontès, ce site centralisera l’accueil public général à Montpellier et regroupera la Maison de l’autonomie, la Direction de la protection maternelle infantile et la Direction enfance et famille. Cela, pour simplifier l’accès aux services pour les Héraultais. Je dois aussi citer la mise à 2 x 2 voies de la rocade Nord à Béziers, et la poursuite de la mise à 2 x 2 voies entre Lunel et La Grande Motte, les déviations de Montbazin et d’Aniane… Et bien sur le domaine de Bayssan, à Béziers. Au domaine départemental, nous allons créer un nouveau pôle culture et loisirs dans le Biterrois, mais aussi un parc à thème d’envergure internationale.

Bayssan, c’est un peu le projet-phare du Département ?

Disons que ce projet est spectaculaire. Nous investissons 37 M€ sur quatre ans sur ce domaine de 160 ha pour en faire un lieu culturel et familial incontournable dans l’Hérault. Une salle de spectacle sera construite à l’automne 2019 à la place du chapiteau actuel et pourra accueillir 450 places assises. Un amphithéâtre de plein air d’une capacité de 1 000 places assises complétera l’offre de ce complexe dès l’été 2020. On y trouve déjà trois parcours sportifs sur un espace de 15 000 m², un parcours santé de 600 m doté de 14 agrès, un parcours VTT de 500 mètres et un parcours fitness avec 9 machines. Un parcours de 4 km a également été aménagé pour les joggeurs. On y trouvera aussi un parc de jeux sur 10 000 m² dédié aux enfants de 1 à 12 ans, six structures en formes d’insectes géants, 30 jeux, un citypark multisports, un skatepark et du tennis de table. Nous prévoyons également l’aménagement de 29 ha de jardins pour créer un espace naturel et privilégié ouvert au grand public, un restaurant gastronomique, un pavillon des vins, une géode, un aquarium… La livraison des Jardins de la Méditerranée est quant à elle programmée en deux temps en 2020 : printemps pour l’ouverture des jardins, et automne pour la mise en service des bâtiments.

Un mot sur le projet de parc dédié au cinéma ?

Une étude de faisabilité, portée par un groupe privé spécialisé dans le cinéma, est en cours. Cette étude porte sur la création d’un parc à thème dédié au cinéma. Fin mars, les investisseurs, qui ont mandaté le très sérieux cabinet Deloitte, nous livreront les résultats de leurs études. Ils prévoient un grand parc qui vise 1,5 million de visiteurs par an et qui doit créer 5 000 emplois.

Quelles doivent être, dans les années à venir, les priorités du Département ?

Je reprendrai cette phrase que j’ai martelé lors des vœux du Département :  »voir loin et agir juste ». Cette phrase illustre ce que sera notre ligne d’action en 2019, et ce qu’elle sera durant les années suivantes. Dès cette année, nous renforçons nos efforts pour contribuer à une prise de conscience environnementale des citoyens. Chacun à son niveau, certes, mais chacun devant prendre sa part… Il faut préparer l’avenir des générations futures en préservant la planète, et cela passe aussi par la solidarité pour et entre les citoyens : le Département, un acteur majeur du territoire, sait où il doit aller.

Serez-vous candidat en 2021 ?

(rires) Je me rappelle une phrase de François Mitterrand qui avait dit :  »Si vous ne voulez pas qu’une décision soit ébruitée, ne la prenez pas ». Donc, je n’ai pas pris ma décision. Mais si je décide de le faire, je le ferais entièrement. Quand je m’engage, je vais toujours jusqu’au bout.

23/01/2019 à 11:10 par Gil Martin