Montpellier / Lattes / Béziers : quelles pistes pour le mystère des piqûres sauvages ?

Montpellier / Lattes / Béziers : quelles pistes pour le mystère des piqûres sauvages ?

12/05/2022 à 18:52

Une seringue avec une aiguille
Une seringue avec une aiguille (©Facebook)

Procureurs, policiers et médecins se perdent en conjectures sur le mystérieux phénomène des piqûres sauvages. 31 enquêtes sont en cours à Montpellier et à Béziers, 130 en France. Synonyme de sorties en discothèques et autres lieux festifs, le week-end approche à grands pas, avec la psychose du phénomène mystérieux des piqûres sauvages, dont la dernière victime en date autour de Montpellier est une femme âgée de 39 ans, pompier volontaire hors service dans un établissement de Lattes, comme Métropolitain l’a évoqué.

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Quinze plaintes contre X ont été déposées à ce jour dans le ressort du parquet de Montpellier pour des faits survenus ces dernières semaines. Montpellier, Lattes, Nantes, Rennes, Grenoble, Béziers, Toulouse, un peu partout en France, des jeunes fêtards pris de malaises assurent avoir été piqués à leur insu. Les analyses toxicologiques se sont, pour l’heure, toutes révélées négatives, sauf à Roanne, dans la Loire : une jeune femme prise de malaise dans un bar de nuit le 3 avril dernier et hospitalisée « a vu ses analyses au GHB revenir positives, mais n’a pas constaté de traces de piqûre sur son corps », selon Abdelkrim Grini, le procureur de la République de Roanne, précisant que, « seule son amie qui l’accompagnait en discothèque aurait découvert une trace de piqûre sur sa cuisse. Elle va porter plainte, ce qui sera la sixième victime, cinq autres ayant déposé plainte pour des piqûres sauvages, toutes dans le même bar de nuit. Mais, pour l’instant, il n’y a donc pas de lien avéré entre la découverte de GHB chez la personne positive et le phénomène des piqûres. Des investigations sont encore en cours ».

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Vidéosurveillance

Un constat, les affaires n’ont aucun lien entre elles, comme le relève une source policière : « les auteurs qui ont sévi à Nantes ou à Rennes ne pouvaient pas se trouver à Montpellier, idem pour les cas de Toulouse, c’est ce qui rend encore plus lourd le mystère de ces agissements et qui conforte l’hypothèse d’actes gratuits par différents suspects ». Pour les procédures traitées par les parquets de Montpellier et de Béziers, les enquêteurs de la Direction territoriale de police judiciaire -DTPJ- de Montpellier exploitent notamment les bandes des caméras de vidéosurveillance, en espérant trouver un détail susceptible d’identifier les piqueurs, faute de témoins directs. Les victimes n’ont pas vu de seringue, ni l’auteur.

Vertiges, malaises et nausées

Dans de nombreuses villes du territoire, plusieurs dizaines de jeunes fêtards, des femmes et des hommes, affirment avoir été piqués en discothèques ou bars de nuit ces derniers mois, généralement quand ils dansent ou qu’ils traversent les pistes, comme ce fut le cas le week-end dernier à Lattes. Ils évoquent des vertiges, suivis de violentes douleurs dans les muscles, des malaises, des maux de tête, des nausées est même des crises d’épilepsie. La trentenaire piquée à Lattes a sombré dans le coma. Les résultats ne sont pas encore connus, mais, dans tous les autres dossiers aucune drogue n’a été détectée par les analyses toxicologiques.

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Pas de produit ?…

Une analyse se dégage, selon notre source policière, au vu de tous ces éléments qui sèment le trouble : et si les seringues ne contenaient pas de produit ? Il y a bien une infime trace rouge, souvent entourée d’un hématome sur une cuisse, une fesse, dans le cou, dans une épaule, comme une piqûre de moustique, mais, l’absence de liquide toxique (cocaïne, GHB et autres) interpelle enquêteurs, magistrats des parquets et médecins. Dans le cas où les seringues sont vides, comment expliquer alors les malaises des victimes. Pour un urgentiste sollicité par Métropolitain, « il est possible que ces problèmes de santé ont été générés par un stress important chez les victimes, quand elles ont découvert ces traces de piqûres par une petite aiguille. Pourquoi pas des malaises nerveux suite à des chocs émotionnels. On a fait remonter cette analyse de possibles malaises dus à l’anxiété auprès des services de police ».

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…ou stylos d’adrénaline ?

Ce n’est pas la seule piste prioritaire qui est, toutefois explorée, bien sûr, tant elle paraît étonnante : parmi les autres produits qui pourraient être inoculés sont des sédatifs et des anxiolytiques, tels que le Valium ou le Lexomil, des médicaments amnésiants sous forme liquide, incolore et indolore. Des injections par des stylos d’adrénaline utilisés pour soulager les allergies aux piqûres d’insectes, mais, cette substance naturellement sécrétée par le corps humain est indétectable dans les analyses. A Béziers, selon le procureur de la République Raphaël Balland, la majorité des victimes recensées disent avoir été agressées dans la nuit du 17 au 18 avril dernier avec quatorze plaintes été déposées par sept filles et sept garçons. Ils ont été entendus par les policiers de la DTPJ de Montpellier et du commissariat de police nationale de Béziers.

« Créer une psychose ? »

Raphaël Balland, perplexe face à ces affaires note qu’aucune tentative d’agression sexuelle ou de tentative de viol n’ont été rapportées par les victimes. Le procureur de Béziers essaie de comprendre : « il est possible que des agresseurs se copient entre eux, il ne peut y avoir qu’un seul auteur, les faits étant trop rapprochés dans le temps. L’ancien juge d’instruction du tribunal judiciaire de Béziers, Eric Vaillant, désormais procureur de la République à Grenoble s’interroge : « Est-ce qu’il s’agit de créer une psychose, de faire mal, d’ennuyer les autres ? ». Les exploitants des établissements festifs de Montpellier, Lattes et Béziers, où des cas ont été enregistrés, mais également d’autres lieux très courus ont pris des mesures, notamment en renforçant les fouilles à l’entrée par les agents de sécurité.

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Les Britanniques aussi

Les procureurs et les services de police en charge des 130 enquêtes sur le territoire remarquent que ce phénomène des piqûres sauvages a déjà mis en émoi les Britanniques, à la fin de l’année dernière, avec 274 cas rapportés, sans actes de violences, ni viol et ni vol. Pour l’heure, les 130 procédures en cours en France sur ces piqûres sauvages qui suscitent une forte couverture médiatique sont gérées dans plusieurs tribunaux judiciaires et n’ont pas été regroupées au sein d’un office central spécialisé, comme l’Office central de lutte contre les atteintes à la santé publique, l’Oclaesp. Procureurs, policiers et médecins urgentistes vont se montrer vigilants ce week-end, sans céder à la psychose en cas de nouveaux cas.

Jean-Marc Aubert