Interview de la semaine : Stéphan Rossignol, les 10 ans du Pays de l’Or

Interview de la semaine : Stéphan Rossignol, les 10 ans du Pays de l’Or

11/05/2022 à 11:44

Stéphan Rossignol, président du Pays de l'Or.
Stéphan Rossignol, président du Pays de l’Or. (©Mario Sinistaj)

Du SIVOM de l’Étang de l’Or en 1971, en passant par la Communauté de Communes en 1993, jusqu’à la fusion des deux entités pour que la Communauté d’Agglomération du Pays de l’Or voit le jour le 1er janvier 2012, l’intercommunalité, regroupant huit communes au Sud de Montpellier, a depuis justifié sa raison d’être et développé son identité et ses forces. Un territoire entre terre et mer qui a su s’appuyer sur ses richesses et particularités pour être aujourd’hui un acteur à part entière dans l’Hérault. Son président depuis 2014, Stéphan Rossignol revient sur les 10 ans du Pays de l’Or et présente surtout les perspectives pour faire rayonner la collectivité. 

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En guise d’introduction, comment présenteriez-vous le Pays de l’Or qui fête ses 10 ans cette année ?

C’est un territoire entre terre et mer avec en son cœur le magnifique étang de l’Or qui a donné son nom à la collectivité. Nous avons la chance d’avoir une façade littorale avec Palavas, Carnon et La Grande-Motte, qui sont à la fois des stations balnéaires et des ports de plaisance, et la plaine plus riche et fertile avec les cinq autres communes. Candillargues est un véritable jardin avec des asperges, des salades, des melons… Tout comme Mauguio et ses producteurs de fraises ou l’horticulture très présente également. Les domaines viticoles à Lansargues et Saint-Aunès, la coopérative fruitière de pommes à Mudaison… Sans oublier une réserve naturelle à Palavas et l’étang de l’Or et ses quelques petits pêcheurs. Il y a toute cette richesse. Et économiquement parlant, le Pays de l’Or est une perle dans le département de l’Hérault avec l’aéroport international de Montpellier et quatorze zones d’activités économiques qui font de nous le 4e bassin d’emplois de l’Hérault alors que nous sommes la 5e agglomération.

Quelle impulsion avez-vous voulu donner à la collectivité quand vous en avez pris la présidence il y a huit ans ?

L’agglomération est née le 1er janvier 2012. Mon prédécesseur, Yvon Bourrel, maire de Mauguio, l’a portée sur les fonts baptismaux. Quand je me suis présenté à la présidence en 2014, je voulais, évidemment poursuivre ce qui avait été entrepris et qui fonctionnait bien, mais également donner une nouvelle impulsion. J’avais quelques idées pour donner une plus grande visibilité à ce territoire et le mettre en avant. Cela s’est traduit par le projet de territoire Pays de l’Or 2030 qui a permis de faire un diagnostic et ensuite, avec les huit communes de l’agglomération, de développer les grandes thématiques que nous avions définies.

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Lors de votre réélection en 2020, vous avez mis en place un pacte de gouvernance. Quel est son objectif ?

Sur les huit communes, il y en a trois grandes (Mauguio-Carnon, Palavas et La Grande Motte) et cinq plus petites (Saint-Aunès, Lansargues, Mudaison, Candillargues, Valergues). Par la loi sur les intercommunalités, les plus grandes communes peuvent avoir une représentation très importante qui ne laisse qu’une part minime aux plus petites. Dès 2014, nous avions souhaité que les grandes communes prennent moins de sièges pour les laisser aux plus petites. En 2020, j’ai voulu aller plus loin avec ce pacte de gouvernance pour que l’on permette aux plus petites communes d’avoir une présence dans toutes les commissions de l’agglomération. Nous avons huit commissions, pour une commune qui n’a que deux conseillers communautaires c’était impossible de siéger partout. Ainsi, des conseillers municipaux, qui ne sont pas des conseillers communautaires, ont pu intégrer des commissions et représenter leurs communes. Ils n’ont pas de droit de vote car ce ne serait pas légal mais ils peuvent apporter leurs suggestions.

Stéphan Rossignol
Stéphan Rossignol (©Mario Sinistaj)

Est-ce que cela permet aussi de dépolitiser l’assemblée pour avancer plus efficacement ?

Totalement. La force de cette intercommunalité, qui fait que l’on est souvent envié et jalousé, c’est que la politique, depuis toujours, n’a jamais eu de prise sur la gouvernance et la gestion de l’agglomération. Certains ont eu cette crainte en 2014 quand j’ai été élu président. J’étais le maire le plus « politique » car j’avais des responsabilités, que n’avaient pas les autres maires, à la Région et dans ma formation politique. On pensait que j’allais politiser l’agglomération. Ce n’était bien sûr pas ma volonté mais j’ai compris cette crainte. J’ai rapidement montré que, président de l’agglomération, j’étais le président de tout le territoire et que j’allais travailler avec tous les maires quelque soit leur sensibilité. Ce qui prime toujours, c’est l’intérêt général avant les intérêts partisans ou individuels de telle commune. À la base, le SIVOM, un syndicat intercommunal à vocation multiple, était un guichet où les communes venaient se servir. Si on a voulu devenir une agglomération en 2011, grâce à la sénatrice et maire de Saint-Aunès, Marie-Thérèse Bruguière, qui a obtenu le soutien du gouvernement de François Fillon, car nous n’avions pas la population nécessaire, c’était pour avoir des compétences et des moyens supplémentaires par rapport à une communauté de communes. Les élus se sont battus et ont réussi à obtenir gain de cause. Depuis, je suis dans la lignée de mes prédécesseurs. La politique est bannie de tous nos débats et actions.

Être un territoire vertueux est une orientation importante. Cela se traduit comment ?

Nous avons rapidement adopté ce slogan « Pays de l’Or, territoire vertueux » car nous avons pris la mesure des enjeux. Comme je disais, nous sommes un territoire entre terre et mer qu’il faut préserver par des mesures prises dans les politiques que l’on conduit comme le Plan Climat Air Énergie Territorial, la suppression des produits phytosanitaires, l’accompagnement de nos agriculteurs, la création de stations de lavage pour les engins agricoles, le développement de pistes cyclables… Dans tous nos actes et nos politiques, nous mettons en avant l’enjeu environnemental car nous avons la chance d’avoir un territoire comme le nôtre. Nous avons d’ailleurs obtenu le label Cit’ergie délivré par le ministère de l’Environnement. Nous sommes liés également pas une convention avec le Conservatoire du Littoral. Les Gardes du Littoral sont là pour assurer la protection des zones marécageuses en veillant à la protection de la faune et de la flore. Sur tout le territoire, nous avons renouvelé nos stations d’épuration dont la dernière créée à La Grande-Motte bénéficie d’une qualité d’eau de baignade en sortie. La prochaine étape sera, d’ici la fin de l’année, la réutilisation des eaux usées de la station d’épuration (REUT), qui jusqu’à présent étaient déversées dans l’étang de l’Or, pour arroser les cent hectares du golf de La Grande-Motte.

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Le développement économique est une compétence importante de la collectivité. À ce titre le Parc Industries Or Méditerranée (PIOM) doit-il en être le moteur ?

Le développement économique est effectivement important dans la mesure où nous avons ces dernières années développé un certain nombre de zones d’activités qui font de nous le 4e bassin d’emploi de l’Hérault. À ce titre, la zone aéroportuaire est devenue un pôle de développement exceptionnel qui comptera à terme 2 500 emplois. Nous avons inauguré le PIOM l’an dernier à Mauguio. Il y avait à l’origine sur ce terrain un projet de zone commerciale. Quand je suis arrivé à la présidence, j’ai souhaité reprendre ce dossier car il existait non loin de là le projet Ode à la Mer qui a depuis été revu. Il fallait donc trouver un autre concept qui soit une zone d’activité économique inédite. Parmi toutes les propositions reçues, nous avons retenu celle d’Ad Vitam et Tourny Meyer avec un concept architectural et végétalisé qui ne serait pas un enchaînement de hangars comme on voit habituellement. Chaque bâtiment est ainsi dessiné par un architecte en fonction de l’entreprise. La voiture est au maximum absente sur le parc grâce à un parking en silo de 550 places permettant au personnel de ces entreprises de se garer facilement. Nous avons voulu garder du terrain pour faire un plan d’eau, un parcours sportif, des restaurants d’entreprise, une crèche de 35 places… La nouvelle ligne 5 de bus, qui reliera la station de tramway de Boirargues à la zone de Fréjorgues, a été inaugurée le 10 mai. Une bretelle d’accès sera également créée tout comme une piste cyclable. C’est donc un nouveau concept de zone d’activité économique qui sera architecturale, végétalisée, sportive, accessible en mode doux et totalement apaisée pour le personnel qui y travaillera. Un concept qui a d’ailleurs été reconnu puisque le groupe Icade a fait l’acquisition d’Ad Vitam afin de le développer en France.

Stéphan Rossignol
Stéphan Rossignol (©Mario Sinistaj)

Quelles entreprises seront accueillies au PIOM ?

Il s’agit d’entreprises provenant de la soft industrie, c’est à dire des entreprises qui ne soient pas polluantes, orientées vers les nouvelles technologies… Zimmer Biomet Robotics, qui conçoit des robots chirurgicaux, et MG Développement, spécialiste de tout ce qui entoure les prothèses auditives, ainsi que plusieurs TPE sont déjà installées. Arkolia Energies, spécialiste des énergies renouvelables, les rejoindra prochainement avec un nouveau siège social. On se permet de pouvoir choisir les entreprises que l’on accueille avec l’idée qu’elles apportent de la valeur ajoutée en termes de création d’emploi, qu’elles ne soient pas polluantes…

Concernant le développement économique, nous avons également le projet d’extension de l’Ecoparc à Saint-Aunès, qui est aujourd’hui une zone de chalandise très importante.

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Autre compétence importante, les services à la personne avec comme axe essentiel la proximité.

C’est la base de l’intercommunalité. Lorsque le SIVOM a été créé en 1971, il y avait plusieurs services sur l’eau, les cantines… et surtout les services à la personne qui se traduisaient par l’accompagnement des personnes du 3e âge et même l’accueil de touristes qui n’avaient pas de gros moyens dans deux campings à vocation sociale. Aujourd’hui, à travers notre Centre Intercommunal d’Action Sociale, nous renforçons cette politique de proximité. Sur le territoire, nous avons une forte proportion de personnes retraitées. Nous essayons de favoriser au maximum le maintien à domicile. Pour cela nous accompagnons les travaux d’adaptabilité dans les habitations. Nous mettons à disposition de nos ainés un système de téléalarme. Une centaine d’agents interviennent à domicile pour accompagner et assister les personnes qui en ont besoin. Nous assurons le portage de repas à domicile grâce à nos unités de production culinaire. Ces unités, à Palavas, Mudaison et Mauguio, dont les menus sont élaborés par une diététicienne, desservent également toutes les cantines, les crèches et les haltes garderies. Il y a plusieurs années déjà, nous avons créé le bus à la demande pour les personnes de plus de 60 ans ou à mobilité réduite. Aujourd’hui, dans les huit communes, il y a une crèche ainsi qu’un espace jeune avec des animateurs. On va créer un centre de loisirs à Saint-Aunès. Nous avons quatre piscines à La Grande-Motte, qui est aussi un centre aquatique, Palavas, Mauguio et Lansargues. La proximité est donc importante.

Le Pays de l’Or est l’intercommunalité la plus petite du département mais avec deux versants majeurs : le littoral et les surfaces agricoles. Comment s’articulent-ils ?

Ce sont deux axes majeurs qui ont chacun leur poids. Nous faisons en sorte qu’il y ait un juste équilibre dans les attributions des aides aux communes littorales ou de plaine. C’est une politique équilibrée qui se fait en fonction des projets mais qui ne favorise pas plus le littoral que la plaine. Ce sont deux pieds qui marchent ensemble, qui sont très complémentaires et qui permettent de faire la force de ce territoire. Nous avons une riche plaine agricole, des exploitations qui sont un peu le jardin de Montpellier et, à côté, nous avons ce magnifique littoral qui apporte des ressources importantes en accueillant des touristes, des plaisanciers… C’est quelque chose d’exceptionnel sur notre territoire par rapport à la Métropole de Montpellier.

Stéphan Rossignol
Stéphan Rossignol (©Mario Sinistaj)

D’ailleurs comment gérez-vous l’autre particularité du Pays de l’Or qui est de voir sa population multipliée par six en été ?

C’est grâce aux trois communes du littoral que nous sommes devenus agglomération. D’abord, nous avons la chance d’avoir des équipements routiers, notamment la 2×2 voies depuis Montpellier, qui permettent d’absorber l’arrivée de cette population. Ensuite, nos équipements sont adaptés pour accueillir les nombreux touristes. La Grande-Motte voit ainsi sa population passer de 9 000 à 100 000 habitants parce que les équipements et le personnel sont adaptés. C’est le cas également à l’échelle de l’agglomération en terme de collecte des déchets par exemple. L’été nos camions collectent sept jours sur sept. Nous avons par ailleurs rénové nos déchetteries pour en faire des centres de valorisation en partenariat avec Emmaüs qui récupère et valorise certains produits. Dès qu’apparaît la saison, c’est toute une organisation qui se met en place avec de nombreux recrutements saisonniers pour accompagner cet afflux de population, notamment pour nettoyer les plages.

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De quelle manière souhaitez-vous renforcer les rapports avec les intercommunalités voisines ?

Nous avons déjà de nombreuses passerelles. Avec la Métropole de Montpellier, sous l’ancienne gouvernance, nous avons développé les transports en commun entre les deux collectivités et participé à la démarche Bon et Local. Avec nos voisins du Pays de Lunel et de Terre de Camargue, les accords de coopération portent sur l’emploi car nous partageons les mêmes bassins. Nous cofinançons par exemple la Mission Locale Jeune et partageons la gouvernance du Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi installés à Lunel. Avec Terre de Camargue, nous organisons chaque année le Forum Littoral de l’Emploi Saisonnier en alternance entre le Grau-du-Roi et La Grande-Motte pour nos professionnels du littoral.

Les perspectives aujourd’hui seraient d’élargir notre intercommunalité. Nous sommes tous très attachés à nos limites. Nous avions souffert à l’époque d’avoir été aggloméré de force à Montpellier, sans qu’aujourd’hui on puisse se livrer à un tel processus. Dans la mesure où nous avons ce bassin d’emplois commun et cette proximité, notre souhait serait de se rapprocher de Terre de Camargue, regroupant Aigues-Mortes, Le Grau du Roi et Saint-Laurent d’Aigouze. Est-ce que ce serait un rapprochement fusionnel ? Cela ne ferait que onze communes, ce qui reste encore à dimension humaine. Une de nos forces est d’être une agglomération à échelle humaine où il y a cette proximité et cette convivialité qui fait notre force. Nous avons de bonnes relations avec nos voisins. La Grande-Motte n’est séparée du Grau-du-Roi que par le Vidourle. Nous sommes à proximité avec des enjeux communs : le tourisme, la plaisance… Le Grau-du-Roi est un port de pêche et Port Camargue est le plus grand port de plaisance d’Europe. Imaginez, demain si on constituait un ensemble de Palavas à Port Camargue, nous aurions près de 10 000 anneaux sur le territoire. Cela représenterait un poids énorme. De la même manière, cela nous renforcerait un peu plus encore sur le plan touristique. Ce n’est pas encore mûr car tout le monde est attaché à ses frontières mais cela ne nous empêche pas d’avoir des opérations en commun, de discuter et se rapprocher. C’est en tout cas ce qui me semblerait le plus cohérent sans bousculer les équilibres tout en nous renforçant.

Le Pays de l’Or se projette en 2030 avec le projet de territoire accompagné par le CODEV. Quelles sont les perspectives portées ?

Dans le pacte de gouvernance, il y a le CoDev, représentatif de tout le territoire avec des acteurs sociaux économiques proposés par chaque maire. Ils viennent actualiser le projet de territoire 2030 qui a maintenant six ans. On lui a donné pour mission d’être un aiguillon. Ce n’est pas une instance délibérative, c’est une instance de concertation et de consultation qui peut se saisir de certains sujets et livrer ses conclusions. À charge pour nous de les accepter ou pas. Nous pouvons confier au CoDev des missions comme par exemple réfléchir sur l’évolution de notre politique des transports. Le projet de territoire 2030 a été fait pour bien spécifier que nous n’étions pas simplement une administration, que ce n’était pas un caprice de rester entre nous pour ne pas être agglomérés à Montpellier et que justement ce territoire, qui a fondé sa richesse autour de l’étang de l’Or, de sa façade maritime et de sa plaine, voulait se renforcer et se conforter. Le projet de territoire est venu montrer que nous n’étions pas un guichet, que nous n’étions pas qu’une vitrine mais que nous avions une vraie vocation économique, touristique, agricole… Ce projet de territoire a démontré que nous étions une vraie collectivité qui a sa place et son poids, non seulement administratif mais aussi politique et que nous pesions dans le département de l’Hérault.

Cédric Nithard