Commentaires

Aucun commentaire
Soyez le premier à réagir
Metropolitainfr

Montpellier : avec l’Arbre Blanc, ses architectes présentent une tour nouvelle génération

29/05/2019 à 11:34

Les quatre architectes de l’Arbre Blanc étaient lundi à Montpellier afin de découvrir de visu leur réalisation. Cette deuxième, et ultime Folies, du nom du programme de l’ancienne municipalité, à sortir de terre préfigure selon eux la tour nouvelle génération. Un atout architectural indéniable pour la ville, implantée dans le rond-pont de Richter, le long du Lez, dont ils expliquent les grands principes.

La liberté

La satisfaction des quatre architectes est évidente. La tour de 17 étages tel qu’il l’avait imaginé se dresse à l’identique devant eux. Presque un étonnement pour eux tant le projet était complexe à la base. « C’est extrêmement rare de laisser de la liberté au départ et qu’elle soit imposée par la Mairie : pas d’urbaniste, un terrain très peu cher et libre de programmations, cela n’arrive jamais » salue Nicolas Laisné. Les quatre cerveaux ont donc laissé parler leur imagination et le résultat est là. « On a zéro frustration. C’est exactement comme on l’a pensé. Il n’y a pas eu de rabot », confie Manal Rachdi.

« On a amené des idées et il y a eu un vrai échange avec les promoteurs » complète Dimitri Roussel « Ils ont accepté de proposer un espace public sur le toit par exemple. Pour la première fois, les architectes avaient un impact sur le programme. Cela a fait école. On sait que Paris a beaucoup regardé le programme des Folies pour ses programmes Réinventer Paris où des équipes de concepteurs et de promoteurs doivent imaginer un site. La politique de l’époque de Montpellier a été précurseur sur comment réinventer le projet immobilier classique ».

« Un territoire d’expérimentation »

S’ils louent l’audace de l’équipe d’Hélène Mandroux d’avoir lancé le programme des Folies, ils ont été aussi particulièrement étonnés par l’intérêt de Philippe Saurel et ses équipes à voir le projet se réaliser, tel qu’il avait été présenté. « C’est très rare de voir une telle implication de la part d’une Municipalité » ont-ils salué unanimement. Et si seulement deux Folies ont vu le jour, le maire ayant arrêté le programme, Manal Rachdi n’est pas inquiet quant à l’avenir architecturale de la ville : « C’est géniale cette culture que vous avez à Montpellier du risque architecturale. C’est un territoire d’expérimentation contrairement à d’autres villes où il ne se passe rien. Je peux vous citer dix bâtiments super intéressants que des gens viennent du monde entier visiter. Que l’on appelle Folies ou autre c’est un territoire de l’expérimentation ».

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https://www.facebook.com/MetropolitainFR/videos/522290601641117/&show_text=0&width=560

Un chantier d’exception

Si une totale liberté a été laissée à l’imagination, il a néanmoins fallu faire en sorte que les idées soient réalisables. Pour cela plus de 20 innovations industrielles ont été conçues et aucun produit fait sur mesure. « On a été très astucieux avec les entreprises locales qui ont construit ce bâtiment. C’était d’ailleurs impressionnant de voir l’engouement des entreprises. Elles se sont battues pour faire ce projet et avec elles on a réussi à sortir cette image. Ce sont des gens qui ont mis leur jus de cervelle à disposition pour trouver des solutions et garantir l’image de ce projet » loue Dimitri Roussel.

À titre d’exemple, la fonction initiale de panneaux de toiture a été détournée pour permettre l’évacuation de l’eau des terrasses lors des pluies. Elle ne sera pas ainsi rejetée vers l’extérieur mais par des gouttières intégrées à l’intérieur de la façade. Cette dernière, « véritable peau intelligente », comme elle n’est pas faites en béton, permet de gérer l’eau, de faire circuler l’électricité, l’isolation et la structure des balcons. Intégrés à la façade par deux équerres métalliques, les terrasses apportent aussi une protection thermique à la façade permettant une réduction d’énergie de 20 à 30 %.

« Beaucoup de respect pour la ville »

« C’est un projet qui permet de symboliser la manière de vivre à Montpellier. Pour moi, c’est un art de vivre entre la nature et l’architecture, qui forme un ensemble cohérent » explique Sou Fujimoto, dont l’Arbre Blanc était le premier projet en France. L’architecte japonais a depuis ouvert un bureau à Paris et développe d’autres projets avec cette même équipe comme l’extension de l’École polytechnique à Saclay, le projet Mille Arbres, avec Manal Rachdi, ou le Village Vertical à Rosny, avec Nicolas Laisné et Dimitri Roussel.

Très heureux de voir désormais la silhouette de l’Arbre Blanc se dessiner devant lui,  il espère que ses intentions seront bien comprises : « On avait beaucoup de respect pour cette ville et on a essayé de cristalliser la façon de vivre ici et on espère que cela participera à le faire accepter par les Montpelliérains ».

L’art de vivre montpelliérain

Cet art de vivre montpelliérain se matérialise par les terrasses iconiques, véritables prouesses techniques de 3 à 7,5 m de long, de 12 à 35 m² de superficie, représentant 30 % de la surface du bâtiment. « Dans le monde, dans des programmes d’habitations, on n’a pas trouvé d’exemples avec des structures aussi grandes » précise Dimitri Roussel qui explique la complexité de la proposition : « Ce n’est pas simple de faire une Folie sur un programme d’habitations qui nécessite habituellement de l’intimité. Là il y a une certaine contradiction et on s’est dit qu’à en faire un concept, il fallait qu’il soit concentré pour les habitants. L’identité du bâtiment vient d’une stratégie sociale qui en plus est environnementale. La prise de partie pour finalement prendre le risque de la Folie c’était de le faire par un usage ».

Un usage dont les heureux habitants vont largement profiter et qui donnera un aspect véritablement organique à l’édifice selon Manal Rachdi : « De l’extérieur, on verra que cette tour est vivante quand les résidents seront sur leurs terrasses. La vie va faire évoluer le bâtiment dans les prochaines années ».

La tour nouvelle génération

« Le mot tour en France est mal considéré car les tours que l’on a construites étaient déconnectées de la ville. Tout notre travail est de les reconnecter. C’est sur ce rapport au sol qu’elles sont attaquées et non sur leur hauteur » reconnaît Nicolas Laisné qui explique les intentions de départ de l’Arbre Blanc : « Ce projet est une manière de répondre au paradoxe qui est de vivre chacun chez soi de manière très privée, avec un jardin suspendu, et en même temps d’avoir des lieux où on peut se rencontrer. Le toit est comme une place de village. C’est aussi un bâtiment ouvert sur la ville avec, en rez-de-chaussée, un restaurant et une galerie d’art, et le bar en rooftop accessibles à tous. Pour nous c’est une façon de montrer une tour nouvelle génération ».

« Pas une mise en scène de privilégiés »

Des espaces ouverts au public qui ne sont pas innocents pour Dimitri Roussel : « En faisant ce choix, nous ne voulions pas faire avec l’Arbre Blanc une mise en scène de privilégiés ». Manal Rachdi va dans le même sens que son confrère : « La tour de demain est accessible à tous. Ce n’est pas une tour autiste. On a fait en sorte de travailler cette tour avec une liberté de typologie qui fait que la plupart des Montpelliérains peuvent accéder au premier niveau. Et même pour les résidents, comme ceux des premiers niveaux par exemple qui n’ont pas la même vue que ceux plus haut, ils ont accès à la moitié de la terrasse pour avoir un espace commun qui va leur permettre d’organiser des soirées, des anniversaires ou tout simplement aller lire un livre ».

Nicolas Laisné est optimiste quand à leur démarche : « Ce n’est pas quelque chose qui sera construit une seule fois. Cela ne va pas dire que l’on va construire l’Arbre Blanc partout mais que ses principes fondamentaux répondent à un besoin d’aujourd’hui. On est déjà en train d’initier d’autres projets sur le même type de bâtiment ».

Déjà un succès

« Il suscite beaucoup de curiosité de la part des confrères mais aussi des promoteurs qui se demandent comment on peut faire un bâtiment comme ça rentable. Pour nous c’était un point très important que l’Arbre Blanc trouve son public » admet Nicolas Laisné satisfait aujourd’hui du succès commercial, « Les 113 appartements ont trouvé preneurs en trois mois. Ce n’était pas gagné d’avance d’ailleurs il faut saluer les promoteurs Opalia, Promeo et Evolis qui ont porté ce projet ambitieux ».

L’Arbre Blanc a suscité un véritable intérêt que Nicolas Laisné explique facilement : « C’est vrai que les prix de vente, entre 4 500 et 5 000 euros le mètre carré, étaient supérieurs au prix de vente moyen de Montpellier (ndlr : au alentours de 3 700 euros le mètre carré) . Mais si on compte le prix du balcon dans le prix de vente, on est dans les prix de beaux appartements mais pas des appartements de luxe. Il n’y a véritablement pas eu cette envie au départ de faire un condominium ultra luxueux ». L’immeuble est occupé aujourd’hui à 60 %, majoritairement par les acheteurs ce qui constitue aussi une surprise pour les architectes.

Bar en rooftop et galerie d’art

Après le restaurant au rez de chaussée il y a quelques jours, le bar en rooftop, le premier de la ville, ouvre ses portes ce mercredi, avant prochainement la galerie d’art. « Pour le prix d’un café, tout le monde pourra profiter d’une vue exceptionnelle » note Dimitri Roussel. En accès libre, le bar pourra accueillir 300 personnes jusqu’à 1h du matin. Quand aux soirées, Nicolas Laisné rappelle avec amusement que « les résidents des derniers étages seront là pour rappeler aux gérants leurs obligations ».

Avec la fin des derniers travaux d’aménagement intérieur, l’Arbre Blanc sera complètement achevé pour son inauguration le 19 juin et prêt à débuter sa vie dans le paysage montpelliérain.


Cédric Nithard