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Alès : le mystère du meurtre du petit Hocine perdure vingt ans après


C’était le 10 juillet 1999, à Alès, dans le Gard: le petit Hocine Batouche était envoyé par sa maman pour acheter un pot de Nutella au supermarché distant de quelques centaines de mètres à peine du domicile familial. Il n’est jamais revenu et son corps a été découvert sur un mois après sur un ex-site minier, sur le trajet.

Le garçonnet a été tué. Une mort violente causée avec un objet contondant, jamais retrouvé. Vingt ans plus tard, l’énigme reste entière. C’est un des rares crimes jamais élucidés dans la région par les policiers du SRPJ de Montpellier, qui n’ont jamais refermé le dossier.

Journaliste à Métropolitain, Jean-Marc Aubert avait suivi l’enquête à l’époque pour le quotidien Midi Libre, où il était reporter régional. Des investigations qui ont connu quelques ratées au début… »Par respect pour la famille d’Hocine, je ne souhaite pas en dire plus, mais beaucoup de temps a été perdu dès le jour du signalement de sa disparition », témoigne t-il aujourd’hui.

L’affaire a été racontée sur Radio Capitole, où l’info en continu sur cette Web radio est dédiée à la famille : http://www.radiocapitole.fr

Toujours sur le Web, mais sur le site d’actu pure player très suivi dans la région, le journaliste nîmois Boris de la Cruz qui suit le dossier judiciaire depuis plusieurs années consacre un article très documenté dans Objectif Gard, ce jeudi. Il a rencontré la maman du garçonnet, qui n’arrive pas à faire son deuil. Voici son reportage.

« Tout le monde a oublié le visage de mon enfant »

Qui se rappelle qu’un garçonnet parti chercher du Nutella dans un supermarché d’Alès n’est jamais revenu à son domicile ? Qui se souvient de la photo, du nom d’Hocine Batouche, de sa disparition et de son triste destin ?

C’est l’une des plus énigmatiques affaires criminelles qui ait secoué le Gard et pourtant vingt ans plus tard elle demeure pour la plupart d’entre nous complètement oublié. Et deux décennies plus tard personne ne sait ce qui est réellement arrivé. « J’ai l’impression que tout le monde a oublié le visage de mon enfant. Il y a beaucoup d’émissions de télévision ou de reportage consacrés à des disparitions d’enfants ou des meurtres de gamin. Mais pour mon fils, même à Alès, plus personne ne se souvient que mon petit garçon a été tué et que son assassin n’a jamais été retrouvé », dénonçait il y a trois ans la maman du petit Hocine, dans une rare interview qu’elle nous avait accordée.

Les larmes aux yeux, cette mère de famille, inconsolable depuis, trouvait des mots justes et lançait son espoir que l’assassin de son garçonnet soit enfin arrêté. « À chaque sonnerie de téléphone je me dis que les policiers vont m’annoncer qu’ils ont arrêté le tueur. Mon mari est décédé de chagrin, deux ans après la mort de notre fils. Aujourd’hui encore lorsque quelqu’un frappe à ma porte j’ai l’espoir de voir Hocine même si je sais que ce n’est pas possible. Je l’imagine avec sa tête d’enfant et un corps d’homme », nous avait déclaré à la même époque cette maman qui ne veut pas que s’arrête le combat pour retrouver l’assassin.

Un dossier criminel non résolu

Hocine a disparu le 10 juillet 1999, alors qu’il se rendait au supermarché de son quartier de la Royale à Alès. C’est sur une distance de 800 mètres, entre son modeste domicile dans une cité de la royale et la supérette, que ce gamin de 9 ans s’est volatilisé alors que la ville grouillait de monde cet après-midi là. C’était le jour des grands départs en vacances et personne ne l’a vu effectuer le trajet.

En ce week-end de festivités, personne dans Alès n’a constaté une curieuse discussion, un manège inhabituel entre un enfant et un adulte. Aucune scène surprenante n’a été rapportée aux enquêteurs de la police judiciaire. Pire ! Aucun témoin, salarié ou client du supermarché ne se souvient l’avoir croisé.

Les caméras du supermarché en panne

Manque de chance pour les policiers, les caméras de surveillance du magasin et de son parking, qui auraient pu livrer des éléments primordiaux pour les enquêteurs, ne fonctionnaient pas. Pourtant Hocine s’est bien rendu dans le magasin, car la mémoire de la caisse enregistreuse retrouve la trace du pot de Nutella, acheté entre deux autres consommateurs. Un achat réalisé dix minutes après que le petit Hocine soit parti de son domicile

Quelqu’un l’a-t-il suivi ou a-t-il croisé son bourreau ?

« Il s’est rendu dans ce commerce, mais on perd sa trace juste après, et on n’a aucun élément, témoignage direct ou indirect sur lequel on puisse travailler. On le perd totalement à ce moment-là, sans savoir aujourd’hui encore qui il a croisé sur son chemin », nous explique un policier, qui a travaillé au tout début sur ce dossier.

Un dossier jamais refermé depuis 20 ans par la police judiciaire de Montpellier qui a effectué ces dernières années encore des vérifications sur des emplois du temps de personnes interrogées à l’époque du crime. De nouvelles expertises ADN ont même été demandées par le juge d’instruction d’Alès.

Le tee-shirt que portait l’enfant, quand il a été retrouvé a été passé au peigne fin avec les nouvelles avancées techniques, dont dispose la police technique et scientifique. Mais, rien n’y a fait et l’analyse est revenue négative et n’a pas permis d’isoler une trace amenant à un éventuel suspect.

À demi dénudé

Le corps de l’enfant a été retrouvé un mois après sa disparition, en août 1999, dans un endroit escarpé, au pied du crassier d’Alès, à quelques centaines de mètres du domicile de ses parents et du supermarché où il est allé chercher le Nutella qu’il aimait tant. Avec l’été caniculaire le corps de petit garçon a été retrouvé à demi dénudé et en état de décomposition. Un secteur qui avait pourtant déjà été ratissé quelques semaines auparavant. L’autopsie n’a jamais pu prouver si l’enfant avait été violé, on sait qu’il a reçu un coup à la tête.

Depuis vingt ans une mère de famille dévorée par le chagrin, une famille dévastée par ce crime non résolu, attendent que le dossier criminel évolue enfin et qu’une expertise ou un témoignage puissent livrer le nom du bourreau d’Hocine, ce gamin qui aimait tellement le Nutella…

Nouvelles investigations

« On n’a pas un témoignage précis sur lequel on puisse s’appuyer, un élément qui permette de relancer l’enquête et percevoir enfin un peu la vérité », confie maître Nordine Tria, l’avocat de toujours de la maman du garçonnet. Qui gardent espoir que le SRPJ démasque enfin le tueur : est-il du quartier ? Était-il très proche d’Hocine ? S’agit-il d’un pédophile de passage qui a croisé le chemin du petit ? Quelqu’un conserve t-il un renseignement capital qu’il hésite à livrer à la police ?

« Toute personne se rappelant d’un détail paraissant anodin à ses yeux, ou sensible, mais qu’il convient de vérifier pour savoir qui a tué Hocine doit se rapprocher de nous, l’anonymat sera garantie, il faut que cette personne libère sa conscience », lâche le commissaire divisionnaire Jean-Philippe Fougereau, directeur du SRPJ de Montpellier.

Du côté des enquêteurs, de nouvelles investigations sont lancées depuis ces dernières semaines, avec le concours notamment de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, l’OCRVP, qui dispose d’un logiciel et de matériel pointus, notamment dans la traque des tueurs en séries.

Alors, vingt ans après, la bonne piste va t-elle enfin s’offrir aux « limiers » de la PJ ? 

11/07/2019 à 15:45 par MÉTROPOLITAIN