Procès en appel de l’attentat de Strasbourg : « une vie brisée » pour cette Montpelliéraine, selon son avocate


Au procès en appel de l’attentat de Strasbourg, une Montpelliéraine évoque un traumatisme toujours présent huit ans après. (©Andreas Arnold/DPA/SIPA)

Le procès en appel de l’attentat de Strasbourg s’est ouvert ce lundi 30 mars 2026 devant la cour d’assises spéciale de Paris. Au cœur des débats, Audrey Mondjehi, accusé d’avoir aidé le djihadiste Chérif Chekatt à se procurer l’arme utilisée lors de l’attaque qui a fait cinq morts en décembre 2018.

Condamné en première instance à 30 ans de réclusion criminelle en 2024, avec une période de sûreté des deux tiers, cet homme de 44 ans a fait appel. Le verdict est attendu le 17 avril. Pour les victimes, ce second procès n’est pas une simple étape judiciaire. Il ravive des souvenirs qu’elles tentent, parfois en vain, d’apprivoiser depuis huit ans.

« Le fait de revivre les faits, de redéposer, c’est extrêmement difficile. Beaucoup retournent voir des psychiatres », explique l’avocate montpelliéraine Catherine Szwarc, qui représente une association regroupant près d’une centaine de victimes.

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Une attaque sans cible, une terreur totale

Le 11 décembre 2018, le marché de Noël de Strasbourg est noir de monde. Des touristes venus de toute l’Europe et d’ailleurs s’y pressent. L’assaillant tire dans la foule, sans logique apparente. « Il n’y avait pas de cible prédéfinie. Il tirait sur tout le monde. C’est ce qui rend la terreur absolue », rappelle Catherine Szwarc.

Un touriste thaïlandais est tué sur un pont. D’autres victimes sont touchées dans des rues adjacentes. Le tireur se déplace rapidement, en quelques minutes, semant la panique dans plusieurs quartiers. La foule fuit dans tous les sens. Certains courent vers le danger sans le savoir. D’autres restent figés. Les secours tardent à intervenir, par crainte d’un sur-attentat. Dans ce chaos, des centaines de personnes vivent un choc violent. Pourtant, seules environ 200 parties civiles se sont constituées.

Juliette, une vie brisée à 20 ans

Parmi elles, Juliette (son prénom a été modifié), une jeune femme originaire de Montpellier. Elle avait 20 ans au moment des faits. Elle travaillait dans un café lorsque le terroriste s’est approché. Il tire sur un client, puis sort un couteau et attaque un autre homme. À l’intérieur, deux serveuses tentent de bloquer la porte pour empêcher son entrée. « On a retrouvé des impacts de balles dans les murs du bar. Elle était au cœur de la scène », précise l’avocate.

« On a retrouvé des impacts de balles dans les murs du bar. Elle était au cœur de la scène »

Me Catherine Szwarc
Avocate montpelliéraine

Juliette n’a pas été blessée physiquement. Mais son existence a basculé. Elle souffre aujourd’hui d’un stress post-traumatique sévère. Elle ne travaille plus comme avant. Elle a connu une longue période sans emploi et quotidien est marqué par une peur constante. « C’est une effraction psychique. La mort entre dans votre esprit. Vous perdez ce sentiment d’immortalité que tout le monde a sans y penser. »

Des blessures invisibles, mais profondes

Le traumatisme psychologique est au cœur des témoignages. Il dépasse souvent les blessures physiques. « Le stress post-traumatique, c’est une angoisse permanente. Les personnes vivent dans un état d’hypervigilance. Elles sursautent au moindre bruit, font des cauchemars et revivent les scènes », décrit Catherine Szwarc.

Beaucoup restent prisonnières de l’attentat. Juliette évite désormais les lieux publics. Elle ne va plus au marché de Noël et a perdu une forme de légèreté : sa vie s’organise autour de cette peur diffuse.

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Entre colère et besoin de reconnaissance

Les attentes des victimes face à ce procès sont multiples. Certaines espèrent tourner la page, même si cela reste illusoire. « Elles veulent que toutes les personnes impliquées soient condamnées. Elles estiment avoir payé un prix immense. »

Pour beaucoup, Audrey Mondjehi occupe une place centrale. Il est accusé d’avoir joué un rôle logistique essentiel. Il aurait mis en relation le terroriste avec le vendeur de l’arme, l’aurait accompagné et transporté. « Pour les parties civiles, sans cette chaîne de personnes, l’attentat n’aurait pas eu lieu. » Mais au-delà de la sanction, une autre attente émerge. « Ce que veulent surtout les victimes, c’est être reconnues. Que ce qu’elles ont vécu soit entendu, pris en compte. »

« Ce que veulent surtout les victimes, c’est être reconnues. Que ce qu’elles ont vécu soit entendu, pris en compte »

Me Catherine Szwarc
Avocate montpelliéraine

Un combat contre l’oubli

Juliette a choisi de témoigner lors de ce procès en appel. Elle n’avait pas pu le faire en première instance. Ce passage à la barre représente une étape importante dans son parcours.

Elle ne cherche pas la vengeance. Elle veut que sa souffrance soit reconnue, que l’on comprenne que ses blessures invisibles. « Il n’y a pas de hiérarchie dans la souffrance. Les victimes psychiques ne sont pas des victimes inférieures », rappelle l’avocate montpelliéraine.

« Il n’y a pas de hiérarchie dans la souffrance. Les victimes psychiques ne sont pas des victimes inférieures »

Me Catherine Szwarc
Avocate montpelliéraine

Huit ans après, certaines personnes ont changé de vie. Une autre victime, qui travaillait au même endroit que Juliette et présente ce soir-là, a tout quitté pour travailler dans un centre social. Elle vit aujourd’hui dans un village, loin de son existence d’avant. Une amie de Juliette, venue ce soir-là lui apporter des clés, porte elle aussi encore de lourdes séquelles : elle est aujourd’hui hospitalisée en psychiatrie.

Une justice face à l’irréparable

Le principal auteur de l’attentat, Chérif Chekatt, a été abattu après deux jours de traque. Ce procès ne peut donc juger que les complices présumés. Pour les victimes, cela rend l’exercice encore plus complexe. « Certaines attendent que la justice dise clairement les choses. Si une personne est coupable, qu’elle soit condamnée. Si elle ne l’est pas, qu’on le dise aussi », explique l’avocate.

« Certaines attendent que la justice dise clairement les choses. Si une personne est coupable, qu’elle soit condamnée. Si elle ne l’est pas, qu’on le dise aussi »

Me Catherine Szwarc
Avocate montpelliéraine

La justice ne peut pas réparer l’irréparable. Elle peut seulement nommer les responsabilités et reconnaître les souffrances. Le procès en appel de l’attentat de Strasbourg rappelle une réalité brutale : le terrorisme ne s’arrête pas aux victimes directes. Il marque durablement des centaines de vies.

Dans la salle d’audience, les témoignages se succèdent. Chacun raconte une même nuit, vécue différemment, mais toujours présente. Pour Juliette et les autres victimes, ce procès est une étape. Pas une fin.

01/04/2026 à 10:32 par Léa Pippinato