Municipales à Montpellier : « Je représente ceux qui ne sont pas représentés » annonce Rémi Gaillard


Rémi Gaillard, candidat aux municipales à Montpellier, est cette fois bien décidé à aller jusqu’au bout. (©CN / Métropolitain)

Pour beaucoup, Rémi Gaillard est un trublion, un humoriste, un clown… Une manière de s’amuser avec lui sans aller au-delà de la blague ou de le discréditer dans un théâtre politique qui ne manque pas d’occasion de l’être par ses propres acteurs. Lui-même ne sait plus comment se qualifier et où se situer. Entre docteur Rémi et mister Gaillard, entre le grand enfant qu’il aurait sans doute voulu rester et l’adulte ayant grandi avec ses désillusions, entre humour et politique… Conscient de flirter parfois avec certaines limites au nom des causes qu’il défend, Rémi Gaillard n’est ni plus ni moins qu’un écorché vif prêt à renverser la table. Et s’il était temps d’arrêter d’en rire ? À lui d’en décider.

Il y a quelques semaines, il annonçait sa candidature aux municipales à Montpellier sans vraiment savoir s’il irait jusqu’au bout mais avec une intention toute différente. Toutefois, face au nouveau « cirque » qui s’est présenté à lui, dimanche dernier, Rémi Gaillard a finalement décidé de présenter une liste en lançant un appel sur les réseaux sociaux pour le rejoindre. Tandis qu’il rencontrait mardi soir, quelques-uns de ses colistiers venus remplir le formulaire Cerfa, l’occasion était belle pour un échange avec le désormais candidat. Et cette fois, il ne compte pas faire n’importe quoi.

À lire aussi

Déjà, comment vas-tu ? Tu as eu des problèmes de santé il y a deux ans et, comme on dit, la santé c’est le plus important.

Bien sûr, et c’est pour ça que nous avons le meilleur programme en matière de santé et que sur ma liste il y a des infirmiers, des urgentistes, un ambulancier… Pour répondre à ta question, cela va bien, cela va beaucoup mieux. Effectivement, le plus important, c’est la santé et aujourd’hui je me sens bien et je suis heureux d’être là.

Suffisamment bien donc pour avoir envie de replonger dans le bain politique. Tu n’as pas été dégouté la dernière fois ?

Si… Et c’est fou… J’aurais du mal à répondre à ta question car, en vrai, je ne sais même pas pourquoi je me mets dans la merde comme ça. Évidemment, il y a six ans, j’ai été vraiment déçu. Pas surpris mais cela a dépassé ce que j’imaginais. J’ai du mal car je replonge dans quelque chose qui ne me ressemble pas. C’est malsain. Je me souviens surtout de l’entre-deux tours où il y a une sorte d’espoir. On pourra dire que j’ai fait n’importe quoi mais une chose est sûre, c’est que je n’ai pas pris d’indemnité, je ne suis allé personnellement sur aucune liste… donc oui, je ne sais pas pourquoi aujourd’hui je suis reparti. Pour dire la vérité, j’ai posé ma candidature il y a trois semaines et je ne pensais pas aller au bout contrairement à la fois d’avant où je savais que j’irai.

D’autant qu’au moment où tu te déclares il y avait déjà une dizaine de candidats. Aucun ne t’a convaincu ?

Quand je me suis déclaré, je m’étais dit que j’allais essayer de réunir pour Montpellier quelque chose de beau pour essayer de trouver une alternative. Et encore une fois, il y a eu des problèmes d’ego alors que je leur ai dit que je voulais bien sortir de la liste ou être dernier. Je leur ai dit de s’entendre, de faire un chifoumi, de faire quelque chose… mais je ne dois pas être du même monde. 

Cela m’a amusé il y a six ans mais je suis dégouté et c’est pour ça qu’il est possible que je m’allie avec personne même au second tour. À moins qu’il y ait un mirage ou qu’un miracle se produise.

Rémi Gaillard
Candidat aux municipales à Montpellier

Selon toi, pourquoi ils sont venus te chercher ?

Cette fois ce n’est pas eux qui sont venus me chercher, c’est moi qui suis allé les trouver.

Tu es allé vers qui ?

Je les ai tous vu sauf évidemment le maire actuel et les extrêmes, c’est à dire le Rassemblement National et La France Insoumise. Pour être clair, j’ai vu Jean-Louis Roumégas, Philippe Saurel, Isabelle Perrein, et, avant la campagne pour discuter comme ça, Mohed Altrad. C’est bon… J’y vais… J’y retourne. C’est le cirque. C’est fou, cela recommence comme il y a six ans. Franchement, sortez dans la rue, allez à un feu rouge et jonglez. C’est pareil. Cela m’a amusé il y a six ans mais je suis dégoûté et c’est pour ça qu’il est possible que je ne m’allie avec personne même au second tour. À moins qu’il y ait un mirage ou qu’un miracle se produise.

Un miracle que tu ne saurais toi-même pas définir.

Que je ne saurais pas définir et auquel je ne crois plus. Je suis né à Montpellier et j’aime ma ville mais je suis perdu. C’est le chaos. Donc je suis là, je représente ceux qui ne sont pas représentés et j’ai fait un appel ouvert à toutes les catégories socioprofessionnelles. D’ailleurs, je découvre les gens sur ma liste et j’ai dit que je ferai une campagne à zéro euro car n’oublions pas que les campagnes sont remboursées par les contribuables. Pour moi, l’exemplarité commence maintenant. 

Comment as-tu construit ton programme ?

C’est simple. Je connais la ville et j’essaie d’imaginer des choses innovantes. Par exemple, quand je passe sur l’avenue de Toulouse, cela fait des années que c’est complètement délaissé tout comme le rond-point du M où il y a une œuvre d’art, laissée à l’abandon, qui ne s’éclaire plus, et je me dis qu’on pourrait en faire une route-forêt urbaine. Donc j’ai des idées et je m’inspire de ce qui a été fait dans le monde avec des idées innovantes, amusantes, subtiles…

Il y a des propositions très simples comme les peintures aux carrefours…

J’ai vu ça à Londres et je me suis demandé pourquoi on ne va pas chercher les plus belles idées pour les adapter partout. Ça, c’est une super idée. Il y a six ans, on ne pouvait pas encore parler d’intelligence artificielle mais, maintenant, il serait peut-être temps de s’y mettre avec des feux tricolores intelligents par exemple pour fluidifier la circulation. À Pittsburgh, en mettant en place cela, ils ont rendu 25% de temps aux habitants. Adapter les meilleures idées à Montpellier, ce n’est pas fou ? C’est juste du bon sens.

À lire aussi

Tu assumes un côté utopiste ou futuriste de ce programme ?

Je suppose que tu veux parler du stade qui pourrait être la mesure la plus emblématique de ce côté délire. Mais, en même temps… Je m’adresse à Monsieur Altrad que je ne rejoindrai pas cette fois, mais il se présente car il dit devoir une dette envers la ville. Je ne sais pas ce que cela veut dire payer sa dette mais est-ce que tu as besoin d’être maire de la ville pour cela ? On a un milliardaire à Montpellier, on peut lui proposer de payer sa dette en finançant le stade. Avec le musée et parce que je trouvais que c’était bien pour la ville, j’avais décidé de l’appeler le stade-parc Louis Nicollin mais s’il faut mettre Altrad, on mettra Altrad. Il sera content.

Puisqu’on parle de Mohed Altrad, tu as été déçu de ne pas le voir s’impliquer durant six ans ?

Je n’ai pas envie de dire de mal de Mohed car on peut parler avec lui. Il est accessible. Je suis un peu déçu évidemment de la manière dont les choses se sont passées mais je crois, sans défendre cette idée, que l’on avait vingt ans d’avance il y a six ans (rires). Évidemment, tout ça est politique. J’ai juste mis une personne de ma liste pour représenter les animaux sur le candidat que je pensais le moins pire à l’époque. Le moins pire.

Et par Alenka Doulain et qu’elle aille à La France Insoumise ?

En fait, il y a six ans j’ai contribué à créer une alliance complètement démentielle en expliquant à l’époque que c’était le cheval de Troie. Finalement, on a infiltré le système et je suis obligé de dire bravo à Alenka Doulain car sinon Michaël Delafosse était en roue libre pendant six ans sans aucune opposition. Il a au moins eu un caillou dans la chaussure même s’il s’en fout car la réponse à tout, c’est que le tramway est gratuit. Mais, avec le recul, je suis quand même content car on a créé une opposition.

C’est à la fois inquiétant car on ne sait pas où on va mais c’est audacieux. Et finalement, les vrais gens, ils sont là. Les gens qui ne sont pas représentés et qui sont déçus, ils sont là.

Rémi Gaillard
Candidat aux municipales à Montpellier

Où en es-tu de la liste ?

(Il se tourne pour demander et on lui répond : « On avance bien, cela arrive, on en est à 25 traités »). Nous devons arriver à 69 mais je me suis pris il y a deux jours. J’ai décidé d’y aller il y a trois jours. Je me suis dit, c’est bon, ils m’emmerdent, j’y vais.

Quel a été le déclic ?

C’est que j’ai compris que ce n’était pas possible alors que moi-même je me retirais et que je leur disais de me mettre où ils voulaient, de faire de moi ce qu’ils voulaient, voire de me sortir s’ils pensaient que je posais problème. Mais non, tout le monde veut être tête de liste. Franchement, j’ai essayé et j’y ai cru. Mais rien ne change.