À Montpellier, le Domaine d’O avance dans une période de transition. La création de l’EPCC (Établissement public de coopération culturelle) Cité européenne du théâtre Domaine d’O, issu du rapprochement entre le Domaine d’O et le Printemps des Comédiens, redessine aujourd’hui le cadre institutionnel du lieu. Cette recomposition a demandé de redéfinir une gouvernance et un fonctionnement communs, tout en maintenant une saison en mouvement. Dans ce contexte, Éric Bart assure l’intérim de la direction artistique, pour un an, avec pour mission d’accompagner la saison en cours tout en préparant les temps forts à venir. Il insiste sur une logique de continuité plutôt que de rupture : « Je ne veux pas réinventer la maison : je suis là pour la faire vivre et la faire continuer. »
L’expérience comme boussole
S’il devait se résumer en un mot, Éric Bart choisirait « expérience ». Une expérience forgée au fil de responsabilités multiples, toujours situées à l’articulation entre les institutions et les artistes. Directeur, co-directeur, producteur, programmateur : depuis plus de trois décennies, il navigue d’une grande scène à l’autre, en France comme à l’international, avec une connaissance concrète et directe du paysage théâtral mondial.
De Vidy-Lausanne à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, en passant par le Théâtre Basel Kaserne ou le Centre dramatique national de Savoie, Éric Bart a accompagné l’élaboration de nombreuses saisons dans des maisons phares. À Paris, aux côtés de Georges Lavaudant et Luc Bondy, il contribue pendant près de vingt ans à la programmation de l’Odéon, participant à l’accueil d’artistes majeurs tels que Ariane Mnouchkine, Peter Brook, Romeo Castellucci, Robert Wilson, Christoph Marthaler ou Angélica Liddell. Une liste qui tient autant du palmarès que du compagnonnage artistique.
Le “nous” plutôt que la verticalité
Eric Bart place la question de la gouvernance collective au cœur de sa démarche. Cette année, la programmation se construit autour de deux axes : un fil rouge féminin (avec une exception, Guillaume Vincent) et une volonté de fédérer les institutions culturelles du territoire. CDN, La Vignette, et les autres structures du réseau sont impliqués : “Ce n’est pas simplement le Domaine d’O”, souligne-t-il, rappelant que presque tous les spectacles sont conçus en collaboration.
Ce souhait de coopération s’inscrit dans une logique plus large : un théâtre “vivant”, qui ne se conçoit pas en isolation. À ce titre, mais aussi de manière plus large, Éric Bart cite Peter Brook, avec qui il a travaillé : “Le théâtre, c’est une bonne raison d’être ensemble.”
Le public au centre
Au cœur de ses préoccupations, il y a le public. Pour lui, “Tout n’existe que quand il y a des spectateurs.” Et si l’objectif est de le faire revenir, il faut aussi restaurer la confiance : “Il faut que les spectacles soient de qualité et que le public ait confiance.” Cette problématique se décline également dans une volonté de renforcer le travail en direction du jeune public, “les spectateurs de demain”, notamment via le festival Saperlipopette, prévu les 9 et 10 mai prochains.
Un homme entre deux villes, attaché au Sud
Établi entre Montpellier et Paris, Éric Bart se dit profondément lié au Sud. « J’aime la Petite Camargue, je suis très attaché au Sud, à la Méditerranée », explique-t-il, avant de souligner l’importance de Montpellier comme ville de théâtre : « Peut-être que quand on vit ici, on ne se rend pas compte des infrastructures que l’on a, mais elles sont colossales. »
Et c’est sur ce terrain qu’il fonde sa conviction : « Le théâtre ne peut pas changer le monde, mais il peut rendre sensible pour que les gens veuillent le changer. »
Un appel à candidatures pour la direction générale
Suite au départ de Jean Varela mi-décembre, qui ne s’est pas engagé dans la direction générale de l’EPCC faute d’un accord contractuel, le conseil d’administration de l’établissement, en lien avec la DRAC Occitanie, Montpellier Méditerranée Métropole et la Ville de Montpellier, a lancé un appel à candidatures pour le poste de directeur général. «
Ce recrutement ouvert vise à nommer la direction appelée à porter le projet de la Cité Européenne du Théâtre et des arts associés et à en dessiner les orientations pour les prochaines années tout en réaffirmant son ambition artistique et son engagement en faveur de la création, avec une programmation riche, ouverte et fédératrice pour le public », décrit le Domaine d’O dans un communiqué. Les candidatures doivent être déposées au plus tard le vendredi 6 février, en vue d’une première phase de pré-sélection. Précisions par ici.
Programme de cette deuxième partie de saison
La deuxième partie de la saison d’hiver de janvier à avril de la Cité Européenne du Théâtre s’ouvrira au Domaine d’O le jeudi 22 janvier avec NO, création de la compagnie La Venidera. Cette première française réunit Irene Tena et Albert Hernández, anciens solistes du Ballet national espagnol, qui affirment une danse espagnole contemporaine audacieuse, nourrie de flamenco, portée par la force de leurs interprétations.
Un focus artiste en partenariat avec le Théâtre des 13 vents :
Comme la saison passée, en partenariat avec le Théâtre des 13 vents – Centre dramatique national Montpellier, la Cité Européenne du Théâtre propose un temps de programmation autour du travail d’un artiste, consacré cette année à Séverine Chavrier.
Au Théâtre Jean-Claude Carrière, la Cité Européenne du Théâtre accueillera Absalon, Absalon !, du mardi 10 au vendredi 13 février, d’après William Faulkner, un spectacle fleuve intense. Au Théâtre des 13 vents, sera présentée sa nouvelle création, Occupations, du mardi 17 au vendredi 20 février, une œuvre singulière née de la lecture d’Annie Ernaux, qui interroge l’intime et le désir féminin.
Entre justice, rêve et transformation collective
La Cité Européenne du Théâtre accueillera ensuite Léviathan, du mercredi 11 au samedi 14 mars, de Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix, qui interrogent la logique punitive de la justice pénale contemporaine à travers le prisme de la comparution immédiate. Co-accueillie avec l’Agora, Cité Internationale de la Danse, la création Qui som?, du mercredi 1er au samedi 4 avril, Baro d’evel explore, à travers la céramique et le rêve, nos mondes intérieurs comme source de transformation collective, entre matière, désir et imaginaire partagé.
Dom Juan modernisé à l’opéra et un spectacle à Sète
Suivront les représentations à l’Opéra Comédie du spectacle de Macha Makeïeff, du jeudi 5 au samedi 7 mars, Dom Juan, fidèle à Molière mais modernisé, mêlant comédie, étrangeté et visions oniriques dans une mise en scène visuelle et troublante. Également hors-les-murs, en partenariat avec le Théâtre Molière Sète – Scène nationale, Guillaume Vincent présente La Tour de Constance le samedi 21 mars, un récit sur une année dans un hôtel à Aigues-Mortes, mêlant ambitions, relations et choix décisifs de six jeunes acteurs.
Une fin de saison en musique
La saison se terminera par une coproduction avec l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie, Élémentaire mon cher ! sur une musique de Thierry Boulanger et un livret d’Alyssa Landry. Cette relecture de Sherlock Holmes prend la forme d’une comédie musicale dynamique portée par l’Opéra Junior, les samedi 2 et dimanche 3 mai, au théâtre Jean-Claude Carrière.
Les tournées et projets à venir
La Cité Européenne du Théâtre et des arts associés poursuit également les tournées de ses productions. Mémoire de fille, d’après Annie Ernaux, sera présenté au Théâtre des Capucins au Luxembourg du vendredi 23 au dimanche 25 janvier, puis le vendredi 13 février au Théâtre des Salins – Scène nationale de Martigues. Fort du grand succès des représentations parisiennes, le spectacle sera repris la saison prochaine au Théâtre de la Ville et en tournée.
La création Bérénice de Romeo Castellucci poursuit sa tournée internationale : à Madrid au Teatro del Canal les samedi 11 et dimanche 12 avril, à Porto au Teatro Nacional São João du vendredi 17 au dimanche 19 avril, à Varsovie dans le cadre du Festival Theatre Meetings les samedi 20 et dimanche 21 juin, et au Göteborgs Stadsteater les vendredi 28 et samedi 29 août.
Et déjà les prochains rendez-vous
Aux côtés des artistes et des lieux partenaires, la Cité Européenne du Théâtre prépare dès à présent les prochaines éditions de Saperlipopette, les samedi 9 et dimanche 10 mai, et la 40ᵉ édition du Printemps des Comédiens, du vendredi 29 mai au jeudi 21 juin. Nous en saurons plus sur l’annonce du programme complet et l’ouverture de la billetterie début avril.
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