Municipales 2026 à Montpellier : Sondage IFOP-Métropolitain, des résultats étonnants


Qui s’installera dans le fauteuil de maire de Montpellier en mars 2026 ? (©CN / Métropolitain)

À une centaine de jours des élections municipales, Métropolitain a demandé à l’IFOP de réaliser un sondage sur la situation politique à Montpellier. L’occasion d’une première photographie, parfois surprenante, en rappelant qu’il s’agit là d’estimations et que tous les protagonistes ne sont pas officiellement déclarés. La campagne étant tout de même lancée pour certains d’entre eux, quand la plupart des autres l’observent d’un oeil attentif, Frédéric Dabi, directeur général de l’IFOP, nous apporte son éclairage.

Michaël Delafosse, un maire qui s’installe

Le premier enseignement de notre sondage IFOP-Métropolitain sur « Le climat politique à Montpellier » est certainement que Michaël Delafosse n’a pas encore trop de souci à se faire si jamais il décidait en janvier de repartir pour un deuxième mandat. En cas de vote dimanche, le socialiste et ses alliés de la majorité sortiraient en tête du premier tour avec 36%. Et ce, avec la perspective d’une triangulaire avec la députée insoumise Nathalie Oziol à 16%, dont la campagne est à peine lancée confirmant ainsi l’ancrage important de La France Insoumise à Montpellier, et, plus étonnant, l’ancien maire Philippe Saurel, toujours dans l’attente d’une réponse utile des oracles, à 13%. « Michaël Delafosse est vraiment en pôle position avec 20 points de plus qu’en 2020. C’est un maire qui s’installe, qui est en tête dans quasiment toutes les catégories et qui fait ses meilleurs scores dans les catégories générationnelles âgées c’est à dire celles qui votent plus que la moyenne » observe Frédéric Dabi qui voit également « un maire à la fois consensuel et attrape-tout en faisant ses deux meilleurs scores chez les cadres supérieurs (40%) mais aussi chez les ouvriers (46%) ». Une donnée qui fait dire au directeur général de l’IFOP que « quand notamment LFI lui fait un procès de ne pas être à gauche ou de ne pas incarner la vraie gauche, il fait quand même trois fois et demi plus chez les ouvriers que la liste de Nathalie Oziol (11% et 13%) ». Pour compléter le côté « attrape-tout », Michaël Delafosse récupèrerait également un tiers des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 40% de ceux de Valérie Pécresse et Emmanuel Macron ayant voté à la présidentielle de 2022.

Au-delà de sa notoriété, l’action de Michaël Delafosse durant le mandat, est jugé plutôt favorable avec 58% de satisfaits. « Il y a une part de mécontents forte (41%) mais il a un socle avec les très satisfaits (12%) qui rappelle les 15% de très bonnes opinions. Et il n’y a pas une catégorie, à part les retraités (52% de mécontents), où il n’y a pas une majorité de personnes satisfaites. Quant aux quartiers, il n’y en a qu’un seul, Les Cévennes (46%), où c’est moins bon que la moyenne. Ce qui me frappe c’est qu’il semble faire consensus » détaille le sondeur. Pour autant, Frédéric Dabi prévient : « Ce n’est pas un sondage qui dit que Michaël Delafosse a gagné. Nous n’avons fait qu’une hypothèse de premier tour et on sait ce qu’est une élection municipale mais il a quand même 20 points de plus que la liste arrivée en deuxième position dans le cadre de cette intention de votes ».

Un score intéressant pour la challengeuse Nathalie Oziol

Sans surprise, et c’est le deuxième enseignement du sondage, « l’élection se jouera à gauche ». Avec 16% d’intention de vote, Nathalie Oziol apparait comme la principale challengeuse à Michaël Delafosse. « C’est un score intéressant pour elle. Elle existe en étant connue par 41% des Montpelliérains. C’est pas mal quand on est dans l’opposition » juge Frédéric Dabi qui estime d’ailleurs sur ce point que « derrière Michaël Delafosse à 94%, Philippe Saurel à 80% et Mohed Altrad à 69%, on a un personnel politique qui existe. À l’exception de Serge Martin (16%) et Thierry Tsagalos (10%), tout le monde est assez connu. Cela montre qu’il y a une vie politique forte à Montpellier ». Pour le directeur général de l’IFOP, l’enjeu de la députée insoumise est de « faire revenir sur son nom l’électorat de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022 dont elle n’en prend que 41% ». Selon lui, « on peut penser qu’une part importante de cet électorat était sans doute des électeurs socio-démocrates qui ont fait un vote utile en 2022 et vont naturellement aujourd’hui chez Michaël Delafosse ». Nathalie Oziol qui fait par ailleurs un très bon score chez les jeunes (24%), « comme toutes les têtes de liste de La France Insoumise dans les villes où on travaille » note Frédéric Dabi, et se positionne bien également chez les professions intermédiaires (20%). « C’est plutôt une candidature intéressante. Elle n’est pas dans les 40% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et très loin du maire mais elle apparait peut-être comme l’alternative la plus crédible à gauche susceptible d’être un réceptacle quand l’offre se sera décantée » résume-t-il. Des listes de gauches qui au total cumulent 59% de l’électorat soit plus que 2020. « On a peut-être sur-estimé mais c’est très impressionnant et en ligne avec le national où la gauche a cartonné à Montpellier aux Européennes et aux Législatives » complète-t-il.

Les dix personnalités testées dans notre sondage IFOP-Métropolitain. Ligne du haut (de gauche à droite) : Michaël Delafosse, Nathalie Oziol, Philippe Saurel, Mohed Altrad, Thierry Tsagalos. Ligne du bas : Isabelle Perrein, Jean-Louis Roumégas, Serge Martin, Patricia Mirallès et Alenka Doulain. (©CN / Métropolitain)

Pour autant, un rassemblement de cette gauche dite de rupture pourrait-il être en mesure de renverser la situation ? « On ne peut pas répondre de manière catégorique. L’électorat ce n’est pas de l’arithmétique. Il y a une dynamique et un pôle de positions très fort chez Nathalie Oziol. Ce réceptacle d’un vote de gauche qui critique Michaël Delafosse peut très bien s’additionner et créer une véritable dynamique » analyse Frédéric Dabi qui tempère : « Mais cela reste un espace limité. Quand je regarde la popularité de Michaël Delafosse, il est quand même à 61% de bonnes opinions dans l’électorat de Jean-Luc Mélenchon. Il vaut mieux être uni, c’est possible, mais je suis toujours méfiant face à ceux qui sont sur le totem de l’union. On peut très bien être uni et connaître une véritable catastrophe, et il peut y avoir plusieurs listes de droites et de gauche et une finit par s’imposer dans une logique de vote utile et met tout le monde d’accord ».

La surprise Philippe Saurel et trois outsiders

Le troisième enseignement du sondage concerne un protagoniste dont on ne sait pas encore s’il sera candidat. « Je suis surpris par le score de Philippe Saurel. Il n’a pas disparu du jeu politique mais je n’ai pas l’impression que cela a été l’opposant numéro un de Michaël Delafosse et malgré tout il existe. Il ne fait pas son score du premier tour en 2020 (19,11%), qui était un score décevant, mais va-t-il rester ou s’allier avec d’autres forces ? » interroge le directeur général de l’IFOP. L’ancien maire de Montpellier apparaît en effet à la troisième position des intentions de vote de notre sondage en étant même qualifié pour le second tour avec 13%. Si Philippe Saurel est dans l’attente d’une réponse des oracles pour prendre sa décision, peut-être que ces données l’y aideront… comme à d’autres. Notre sondage intervenant dans une temporalité où planent plusieurs incertitudes à gauche comme à droite, il pourrait ne pas être le seul à y voir de bons augures. « On est dans un moment de décantation de l’offre électorale. Seulement trois listes sont au-dessus de 10% pouvant prétendre au second tour et, avec deux listes à 9% et une à 8%, on est possiblement dans la possibilité d’une quadrangulaire ou d’une pentagulaire. L’avenir le dira » observe Frédéric Dabi.

Les trois listes en question seraient celles de Mohed Altrad (9%), s’il venait à se déclarer, de Thierry Tsagalos (9%), s’il venait à obtenir l’investiture du Rassemblement National, et de Isabelle Perrein (8%), que nous avons choisi de mentionner comme conduisant une liste de la société civile soutenue par le MoDem et de l’UDI. La marge d’erreur du sondage (entre 1,8% et 2,4%) peut en effet laisser espérer à chacun une projection vers le second tour comme le laisse entendre le directeur général de l’IFOP. S’il note que « le RN ferait un score bien supérieur à 2020 » et que, sans être candidat, « Mohed Altrad ne fait pas un score ridicule », pour le sondeur « Isabelle Perrein c’est peut-être la bonne surprise. Elle est moins connue que les autres (32%) mais le côté société civile peut plaire. 8% pour une première mesure, elle ne gagne pas mais en envisageant un rapprochement avec Philippe Saurel, Mohed Altrad, Patricia Mirallès… Il y a des inconnus que le sondage ne lève pas ». Une alliance, pointant à 32 % bien que là aussi « l’électorat ce n’est pas l’arithmétique », qui pourrait toutefois offrir un autre rapport de force et envisager de venir titiller Michaël Delafosse si son électorat venait à s’éroder. De là à venir jouer les trouble-fêtes entre le maire sortant et Nathalie Oziol en profitant de leur affrontement ? Nous n’avons pas souhaité questionner quant à une hypothèse sur un second tour.

À la traîne sous les 5%

Derrière, les perspectives sont plus pessimistes. Adoubé par les Écologistes localement et nationalement, pourtant candidat aux municipales en 2020, aujourd’hui député, bénéficiant d’une bonne notoriété (54%) et avec « un vrai passé politique à Montpellier » comme le mentionne Frédéric Dabi, Jean-Louis Roumégas ne recueille que 4%. « L’étiquette partisane ne fait pas le vote à une élection municipale. Quand on regarde les déterminants du vote cela passe après le triptyque : projet, bilan et incarnation. Il additionne les cartes écolos, génération.s, après, quartiers populaires mais cela parle moins aux gens localement qu’à l’échelle nationale ». Pire pour Serge Martin qui voit son initiative Social, Démocratie et Écologie, certes qu’en phase de construction de son programme, ne peser que 2%.

L’hypothèse Patricia Mirallès pour conduire une liste Renaissance pointant également à 2% montre, s’il en était besoin, que l’héritage Macron est pénalisant même quand on est Montpelliéraine. « Tout le monde ne sait pas que Renaissance c’est Macron mais elle a été au gouvernement. Une des hypothèse de ce score décevant est qu’elle est peut-être attachée à cette étiquette. C’est un score assez dur car elle est connue par presque un Montpelliérain sur deux mais cela ne se concrétise pas dans les intentions de vote. L’espace n’est-il pas pris par Michaël Delafosse qui prend 42% de l’électorat Macron ? » interroge Frédéric Dabi. Enfin, la grosse désillusion concerne Alenka Doulain qui émergerait à seulement 1% si elle devait cette fois conduire la liste Cause Commune. « En 2020, elle faisait 9,2% et fait là un score très marginal. On l’a peut-être sous-estimée mais quand on est à 1% dans un sondage on ne peut pas être à 20% ». Malgré son rôle d’opposante numéro un à Michaël Delafosse durant tout le mandat, la candidature de Nathalie Oziol semble avoir aspiré son électorat et on peut également se demander si son image ne pâtirait pas encore de l’alliance si improbable avec Mohed Altrad au second tour des précédentes municipales.

Si beaucoup d’incertitudes planent encore sur cette campagne, pour le directeur général de l’IFOP, « Ce sondage met Michaël Delafosse en très bonne position en termes de dynamique, d’avance, de catégories, de maire de plus en plus installé et consensuel ». Pour autant, il ne manque pas de souligner à ce résumé : « L’offre électorale n’est pas connue, la campagne commence à peine. Ce n’est pas un sondage qui dit que Michaël Delafosse va gagner mais il apparait aujourd’hui comme le favori de cette élection. Mais je répète, je ne pense pas que ce sondage donne le vainqueur du 15 mars 2026 ». Une incertitude qui fait tout la magie de la campagne. Si les choses devraient s’accélérer en janvier, rendez-vous le 26 février 2026 à 18h, date limite de dépôt des listes à la Préfecture. Il ne sera alors plus questions d’hypothèses et de possibles rassemblements, les candidats seront officiellement sur la ligne de départ de ces municipales. D’ici là, beaucoup de choses peuvent encore se passer.

Sondage IFOP pour Métropolitain sur le climat politique à Montpellier

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 706 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population de Montpellier âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par quartier. Les interviews ont été réalisées par téléphone du 14 au 24 novembre 2025. Avertissement : l’Ifop rappelle que les résultats de cette enquête doivent être interprétés comme une indication significative de l’état des rapports de force actuels dans la perspective du prochain scrutin municipal à Montpellier. En aucun cas, ils ne constituent un élément prédictif des résultats le jour du vote.

29/11/2025 à 07:04 par Cédric Nithard