Pour ses 40 ans, le Rockstore a fait les comptes. Au total, la mythique salle de Montpellier a accueilli pas moins de 3 742 artistes lors de 5 407 concerts. Des noms qui se retrouvent affichés au sol grâce à l’initiative du Montpelliérain Jérôme Goossens de SolaBreak. Une installation destinée à faire replonger le public dans ses souvenirs et choisir ses meilleurs concerts à partager sur les réseaux sociaux avec le hashtag #rockstore40th. L’occasion de poser la question aux trois gérants du lieu, Stéphane Al Mallak, Stéphane Sauvagnac et Antoine Winling.
« Ce que j’aime c’est quand il y a des personnalités fortes sur scène »
« C’est quoi vos meilleurs concerts au Rockstore ? » Si l’on est passionné de musique, la question est un piège, d’autant plus quand on doit replonger dans 40 ans d’une histoire que l’on a en grande partie vécue, comme c’est le cas de Stéphane Al Mallak, un des trois associés du lieu. « Il y a forcément plein de concerts, mais dernièrement, ceux qui m’ont fait bien vibrer, c’est The Undertones et The Last Internationale. J’ai retrouvé une énergie rock, pure, que l’on voit moins dans notre programmation car on s’inspire de l’actualité, donc le rock est moins présent. Heureusement que ce n’est pas moi qui fais la programmation, sinon on serait morts (rires). Antoine fait ça très bien », nous glisse-t-il tandis qu’il est justement en train de s’affairer à préparer le concert du soir.
Justement, Antoine Winling garde, comme tous, en tête son premier « vrai » concert dans la salle dont le père fut un des fondateurs. « C’est Nada Surf en 1995 au moment du tube Popular. J’en avais vu d’autres au Rockstore, mais c’était le premier auquel j’allais pour un groupe que je voulais voir, cela marque forcément. » Ce véritable enfant du rock, qui a baigné dans la musique tout jeune, balaye rapidement ses souvenirs. « Il y a eu le tout premier concert de Brian Jonestown Massacre en 2005 au moment de Dig avec Anton Newcombe complètement ravagé. C’était une énergie rock’n’roll comme j’en avais peu vu jusqu’alors. Dans le même genre, vers la même époque, Fat Freddy’s Drop m’a marqué, ils avaient retourné la salle. Dernièrement, la fanfare techno allemande Meute, c’était incroyable. La salle était en transe. Ou encore PIL que j’ai adoré alors que je ne pensais pas que cela allait me prendre autant. John Lydon, le fondateur des Sex Pistols, sans avoir besoin de faire du cinéma, en impose tellement naturellement qu’il captive le public qui l’écoute chanter religieusement. »
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Si le plaisir est évident d’accueillir des artistes que l’on apprécie déjà, il y a également celui de la découverte et d’assister par exemple à l’avènement de la scène rap nouvelle génération. « Il y a dix ans, Thomas de BaseMTP m’a convaincu de programmer la tournée « Bruxelles arrive » avec Roméo Elvis, Caballero et JeanJass qui n’étaient pas encore connus comme maintenant. Ils ont retourné la salle. Ce qui s’est passé ce jour-là était fou et j’en garde un grand souvenir. Tout le public connaissait les paroles par cœur. J’avais 33 ans et ce n’était pas forcément ce que j’écoutais à la maison, mais j’ai vu qu’il se passait quelque chose », se remémore Antoine Winling qui résume : « Ce que j’aime, c’est quand il y a des personnalités fortes sur scène et que le public est subjugué. Les mecs peuvent tout faire et la salle va suivre. »
« Il y en a plein, chaque année »
Troisième des associés, qui, comme Stéphane Al Mallak, a également connu la période Radio Alligator du Rockstore, Laurent Sauvagnac égrène : « Évidemment, le premier concert gratuit de Radiohead reste marquant. Ils ont passé la soirée à boire des tequilas frappées avec le papa d’Antoine dans les escaliers. Pour le retour de Lenny Kravitz, j’avais 21-22 ans, je ne travaillais pas et je n’ai jamais vu autant de monde tomber dans les pommes. Comme bons souvenirs, je pense aux Roots qui ont joué avec Urban Species… La première fois où on voit The Kills… Et des trucs où il n’y avait personne comme The Time, le premier groupe de Prince avec Morris Day, devant 400 personnes qui, à la fin, étaient toutes en train de danser. Dans un autre registre, à chaque fois que NTM est passé, je me suis régalé, il y avait une telle puissance… » Autant de moments musicaux où se mêlent également les souvenirs personnels liés au Rockstore. Et de donner la réponse parfaite pour esquiver la question piège des meilleurs concerts : « Il y en a plein, chaque année. » Donc tant d’autres encore à vivre…
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La question est d’autant plus un piège quand il faut choisir parmi 5 407 concerts, comme l’a illustré Jérôme Goossens, à la tête de SolaBreak, en réalisant un tapis sur lequel est inscrit le nom des 3 742 artistes passés sur la scène du Rockstore. Une fierté pour le Montpelliérain attaché au lieu et à ses trois conservateurs. « C’était une sacrée émotion de les voir avec tous ces noms à leurs pieds. C’est quand même grâce à eux que l’on a pu voir tous ces artistes à Montpellier », confie-t-il. À travers cette installation, il a également souhaité donner la parole au public et le faire replonger dans ses souvenirs en établissant son top 10 des concerts parmi tous ceux accueillis depuis 40 ans dans cette salle mythique. Pour vous y aider, outre le tapis, des feuilles sont disposées dans la salle, listant par année tous les artistes passés ici, que l’on peut également retrouver sur le site internet du Rockstore. Un classement à partager sur les réseaux sociaux avec le hashtag #rockstore40th.